Un français à Beijing

lundi 28 octobre 2013

Chapitre 14 : Yuanyang, au coeur de la campagne chinoise.

Chapitre 14 : Yuanyang, au coeur de la campagne chinoise.

Lors de mon dernier article sur Kunming, je vous avais prévenu que ce n’était pas vraiment une ville où il y avait des dizaines de choses à voir, mais plutôt un endroit extrêmement agréable pour se balader. Et à vrai dire, on y est restés deux jours, mais on y a fait à peu près la même chose que lorsqu’on y était venus pour la première fois avec Fred et Erik. Aussi, je ne referai pas d’article, d’autant plus que cette fois, Sara nous ayant rejoint, j’ai des photos pour étayer mon récit.

Après cette pause à Kunming, relais de notre parcours, nous décidons de faire route vers l’Est.
La journée commence et on est déjà en retard. On est censés prendre un bus pour notre grande étape, Yuanyang et ses rizières. Petit problème : on ne prend un taxi pour la gare routière qu'une heure avant le départ, et il y a des bouchons. On s'en sort plutôt bien parce qu'il nous lâche à la gare un quart d'heure avant l'heure fatidique. On se dépêche et on essaie de trouver notre bus au milieu de tous les véhicules qui partent et de la foule qui grouille. La gare est immense, et il y a vraiment énormément de gens.

On gère, on trouve le bus dix minutes avant le départ... avant de se rendre compte qu'on a perdu Sara. Ça peut être un problème, surtout qu'elle n'a pas son portable… mais qu'elle a les billets pour le bus. Erik part à sa recherche vers le côté sud de la gare, Léo le côté nord, et moi je reste auprès du bus et j'essaie de le retenir le plus longtemps possible pour qu'ils nous attendent tous. Je patiente, inquiet, et voit successivement Erik puis Léo revenir dix minutes plus tard, seuls. Ils ont l'air un peu paniqué, et j'avoue que moi aussi – c'est le dernier bus pour Yuanyang, et personne n'a envie de repasser encore un jour à Kunming. Ils repartent donc en courant tous les deux dans des directions opposées. Le chauffeur est en train de prendre son repas à l'extérieur du bus. Tant mieux, ça nous laisse encore un peu de temps. Les minutes et les gouttes sur mon front s'écoulent, mais toujours aucun signe d'eux. Le chauffeur a fini son repas et commence à fermer tous les coffres du bus. Je vais lui expliquer la situation, et il accepte gentiment d'attendre un peu. J'attends, mais toujours rien ; je jette un coup d'œil à ma montre, midi cinquante, soit vingt minutes après le départ prévu. Les passagers commencent à sortir leur tête par la fenêtre en se demandant pourquoi on ne part pas. Au moment où le chauffeur s'excuse et me dit qu'il va devoir y aller, je vois Léo qui arrive en courant, seul. Même chose pour Erik trois minutes plus tard. Bon, bah, on n'a plus vraiment le choix.

Mais, pour le coup, on est vraiment des chanceux, parce qu'alors qu'on déchargeait nos sacs des coffres du bus avant qu'il ne parte, Léo aperçoit Sara au loin. Une minute plus tard, on entre tous les quatre dans le bus, où on constate avec surprise des lits et non des sièges à l'intérieur. Décidément, on est en veine aujourd'hui. Ce sont des « lits » de deux personnes, aussi Sara et Léo s'installent à deux en haut, tandis qu'Erik et moi, tel un vieux couple occupons la large couchette du bas. Il est une heure quand le bus démarre.

On regarde un film, puis un deuxième, et enchaînons avec un petit somme, bien plus aisé que dans un bus classique. Lorsque je me réveille il est passé 17h. Le bus roule encore un peu, avant de s'arrêter et de lâcher la moitié des passagers.

On est du coup beaucoup plus à l'aise. Sara commence à taper la discussion avec une fille qui semble être française, Léo se fait un petit somme, et Erik va squatter une double couchette non occupée. Je jette un coup d'œil par la fenêtre : la nuit a envahi le paysage, et l'on ne voit strictement rien. Tout d'un coup, je fais une pause, et réalise la chance que j'ai. Confortablement allongé dans une couchette de deux personnes, une musique me mettant d'excellente humeur dans les oreilles, je voyage de destinations incroyables en destinations incroyables. Pour le coup, ma nostalgie et ma morosité sont envolés, lorsque je réalise à quel point le voyage que je fais et les expériences que je suis en train de vivre sont extraordinaires. Dans l'obscurité du bus, j'esquisse un sourire.

Une heure plus tard, on arrive enfin. Lorsque je sors du bus, je réalise qu'on est entouré par le brouillard le plus épais que j'ai jamais vu, et super humide avec ça, avant de me rendre compte qu'on doit être au beau milieu d'un nuage. « On se croirait en Bretagne ». Mauvaise idée, la fille à qui Sara parlait est de Bretagne, de Sciences Po Rennes plus exactement. Elle s'appelle Anaëlle, (la blague), et voyage seule.

Pendant la route, Erik s'est démerdé pour réserver un endroit où dormir ce soir, et la patronne de l'hôtel vient nous chercher à la descente du bus, pour nous mener à nos chambres. C'est une bonne chose, parce qu'au milieu de ce brouillard, on n'aurait jamais su les trouver. Elle nous propose de nous faire à dîner en nous montrant les ingrédients dont elle dispose sur la table. Ça n'a pas l'air funky, mais on se voit mal refuser. Très bonne idée, parce qu'une fois cuisiné, c'est un régal (c'est souvent comme ça avec la nourriture chinoise, rappelez-vous la cantine dans le « hutong » de Chengdu le premier jour). La petite fille des patrons papillonne autour de nous. Super mignonne, elle doit avoir autour de cinq ans, et ne cesse de bouger au son d’une musique qu’elle actionne à répétition (et qui devient insupportable) sur leur ordinateur.

Alors qu'on mange tous les cinq, (on a accepté Anaëlle comme membre de notre groupe), un Occidental passe devant la porte en jetant un coup d'œil. Il entre quand il nous voit, vient se poser à notre table et commence à discuter. Ça peut paraître un peu incongru, mais ça marche souvent comme ça en Chine, entre Occidentaux, ou entre voyageurs tout simplement. Il nous demande tour à tour pourquoi nous sommes ici, et plus spécifiquement, pourquoi avoir choisi la Chine comme destination de notre année à l’étranger.

Excellente question, à laquelle je n’avais finalement jamais réfléchi. Je me creuse assez longtemps la tête avant de répondre : « Je pense que c’est à cause de ma mère. Quand j’étais petit, elle est partie avec le lycée à Pékin une semaine et demie. Lorsqu’elle est rentrée, elle nous a apporté toutes sortes de souvenirs aux formes et aux couleurs incroyables, qui ont dû, j’imagine, faire une très forte impression sur moi. Elle nous a montré les photos, qui, elles-aussi m’ont éblouie de par leur exotisme et leur caractère extraordinaire. Aussi j’ai choisi de faire du chinois au lycée, et la langue, de par son fonctionnement et son histoire m’a également passionné. Atteinte du même virus, ma sœur est partie un an, et ses échos, extrêmement positifs, ne m’ont pas fait changer d’avis. Enfin, me passionnant pour les relations internationales, la Chine est un pays stratégique, qui mérite définitivement qu’on s’y intéresse. C’est en quelque sorte une parenthèse, mais j’imagine que plusieurs d’entre vous se sont déjà posé cette question ; voici ma réponse. Revenons maintenant à nos moutons, et à notre Occidental.

Il a 22 ans, est américain, et lorsqu'on lui demande ce qu'il fait ici, il nous répond : « Moi ? Je passe une année à voyager en Asie. Il a passé les derniers trois mois à sillonner la Chine, et compte bientôt mettre le cap vers l'Asie du sud-est. Il est seul, juste un sac à dos, et affiche une détermination bienveillante. C'est un projet extraordinaire, mais il en parler avec une simplicité et une bonhomie presque déconcertante. Ça laisse rêveur... Après nous avoir souhaité un bon voyage, il prend congé, et nous l'imitons quelques minutes plus tard. On donne rendez-vous à Anaëlle avec qui on s'entend bien pour le lendemain, et allons regarder « Lust Caution », un film d'Ang Lee (le réalisateur américain qui a fait Tigre et Dragons, Brokeback Mountain, et Life of Pi). Il y a un peu de porno, mais il est vraiment intéressant, tant au niveau de l'intrigue que de la réalisation.

Premier coup d'œil par la fenêtre le lendemain matin lorsque je me réveille : blanc. Je me demande si je dors encore, mais c’est comme si on avait collé une immense feuille de papier devant la fenêtre. Je réalise alors qu’il s’agit du même brouillard que la veille, la lumière en plus, et, pour le coup, on ne voit strictement rien. Ça risque d'être fâcheux si on veut aller observer les terrasses. Erik et moi descendons, allons réveiller les deux autres qui ne sont pas d'humeur à se lever, essayons Anaëlle qui répond immédiatement présente, et nous allons nous balader tous les trois dans le village pour essayer de trouver un petit déj.

C'est une mission assez difficile, étant donné que, littéralement, on ne voit pas à deux mètres. On tourne à droite, dans une petite rue complètement isolée, descendons un escalier, traversons une grande place (on ne sait pas encore que c’est une place), et nous retrouvons au beau milieu d'un marché (oui, encore un). Vêtements, légumes, tofu qui pue, fruits, viande et poissons plus ou moins frais, les classiques quoi. Ce qui change par contre, ce sont les gens. On est à deux pas de la frontière vietnamienne, et, on le perçoit très clairement sur les traits des gens. Leur peau est plus sombre, leur visage plus creusé, et la majorité d’entre eux (les femmes seulement) portent le costume traditionnel de la minorité hani, bleu et noir, avec de jolies ornements (perles, et même des pièces françaises qui datent de l'époque indochinoise).

Je m'arrête pour acheter quelque chose qui ressemble à une baguette. Bien entendu, on en est bien loin : ça en a la forme, et c'est un peu plus court, mais c'est en fait une sorte de pain de maïs frit saupoudré de graines de sésame. Les autres n'apprécient pas beaucoup, mais j'avoue que je trouve ça délicieux. Après avoir croisé pas mal de gens se baladant avec un sac à dos en osier contenant un canard ou un poulet vivant, on semble arriver au bout.

On revient alors sur nos pas, et entrons dans une bâtisse qui ressemble de très loin à un restaurant. Une soupe de nouilles avec des herbes et de la viande ? Pas top au petit déj, mais ce n’est pas vraiment le moment d'être pointilleux... On avale ça rapidement et on remonte vers l'hôtel, en croisant Sara et Léo sur notre route. Ils se sont enfin décidés à se lever. On se fixe rendez-vous une heure plus tard et rentrons dans notre chambre, après avoir croisé la petite fille de l'hôtel qui ne nous lâche plus d'un pas.

Plus le temps passe, plus le ciel s'éclaircit et le brouillard se dissipe. Ça reste encore un peu brumeux, mais on voit maintenant nettement mieux. On se rejoint tous et décidons d'aller nous balader du côté des rizières. Le soleil frappe fort et ses rayons percent le nuage, ce qui nous permet de bien discerner le paysage. Alors qu'on emprunte le sentier sortant du village, la montagne s'étend à nos pieds, et on se rend compte qu'on est en fait assez haut. Devant nous, nous apercevons des champs, qui semblent creusés à même la montagne, et qui s'espacent tels des paliers. Ils sont inondés, ce qui renvoie la lumière du ciel et donne un effet des plus jolis.

On traverse un petit village où les gens nous regardent avec de grands yeux et un large sourire. On passe devant un arbre où une petite dizaine de gamins sont en train de cueillir ce qui ressemble à des baies. A l’entrée du village suivant, un autre groupe d’enfants nous accueille en criant. Ils sont en train de jouer sur la plus belle balançoire que j’ai jamais vue. Faite de quatre bambous plantés dans le sol, et se rejoignant en l’air, elle semble faire le bonheur des petits. On l’a à peine dépassée qu’un autre attroupement attire notre attention : une dizaine de paysans sont en train de parler (incapable de comprendre un mot de ce qu’ils disent) autour d’un tapis de cheveux noirs posés sur le sol. Assez déconcertant. Avant de sortir du village, on passe devant une entrée de maison où quatre filles sont en train de profiter du soleil. L’une doit avoir moins de dix ans, la deuxième une bonne trentaine d’année, la troisième la cinquantaine, tandis que je donnerais bien une centaine d’année à la dernière tellement sa tête qui ressemble à une vieille pomme est ridée. Un air de famille qui réunit les quatre visages, me rappelle l’espace d’un instant le roman de Lao She.

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On continue notre chemin, sortons du village, et marchons pendant une vingtaine de minutes, en pleine nature. On fait une pause à l’ombre d’une petite cabane, perdue au milieu de nulle part, et admirons le paysage qui nous entoure.

La montagne, qui continue à monter en escaliers derrière nous, s’étend à nos pieds. Des dizaines voire des centaines de « marches » descendent jusque dans la vallée. Chaque palier, inondé, reflète le blanc bleuté du ciel. Sur certains paliers, une famille canard s’ébat dans l’eau, sur d’autres, des algues vert-clair ont recouvert la surface. C’est comme si nous étions au milieu d’un immense jeu de dames en trois dimensions, où les cases ne sont pas blanches et noires, mais ciel et algues. Au milieu de cet échiquier s’étendant à perte de vue, on peut distinguer des paysans, petits points de couleurs vives, entretenant leurs champs.

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Perdus dans l’immensité, on finit par décider de rentrer avant que le soleil ne se couche. On est à peine à l’hôtel qu’on se fait attaquer par la petite furie d’hier. Elle a beau être la fille du patron, elle est déchaînée, et semble manifester toute sa joie de nous voir rentrer. Un petit brin de toilette, et on redescend pour dîner. Après avoir croisé une flaque d’urine dans les escaliers de l’hôtel que la petite nous montre fièrement, on redescend sur la place que l’on avait vu le matin (oui, maintenant on réalise que c’en est une) pour chercher de quoi manger.

On y découvre un écran géant qui diffuse CCTV, la chaîne nationale (ou comment le Parti réussit à étendre son influence jusque dans la Chine profonde). Sagement plusieurs chinois, âgés pour la plupart, regardent la jolie présentatrice présenter les reportages.
De l’autre côté de la place, un poste, couplé à des baffles fait entendre une musique traditionnelle, sur laquelle une dame esquisse des pas de danse… suivie par une petite centaine de chinois environ. Au cours de ce voyage, c’est quelque chose que j’ai remarqué aussi : les chinois aiment beaucoup ces activités. Ils mangent généralement très tôt (vers 18h environ) et un peu après font de la danse couplée à des exercices physiques, afin de garder une bonne hygiène de vie. Ils appellent ça 锻炼身体, littéralement « exercer la santé ». Toujours est-il que c’est un spectacle toujours aussi cocasse que de voir ces dizaines de chinois (tout âge et sexe confondus) lever les bras et bouger le bassin en même temps.
Après quelques plats délicieux que l’on agrémente d’une glace (j’évite tout de même les parfums maïs, cacahuètes, et petits pois), on va tous se coucher.

On avait tous un peu peur que le brouillard soit aussi dense le lendemain, mais au réveil, on a le plaisir de constater que la vue est dégagée. On va acheter deux-trois « viennoiseries » qui font office de petit-déj et on se met en route. Avant de commencer l’excursion de la journée, on passe par la gare prendre les billets du retour pour le lendemain, et, en sortant, un chauffeur nous accoste en nous proposant de nous conduire et faire le « tour » des principaux spots des terrasses. Il ne demande pas énormément, donc on accepte avec joie, voilà un des problèmes logistiques résolu.

Au début, c’est un peu chiant, parce qu’il nous mène de spots à touristes à spots à touristes où on croise pas mal de chinois qui arborent des appareils photos énormes et prennent à peu près tout ce qu’ils ont sous les yeux, sans même lever le nez pour regarder.

Puis on arrive dans un village dont la pancarte vante les « unsophisticated locals ». Un peu intrigués, on entre, et on en peut s’empêcher d’être mal à l’aise. En effet, plusieurs personnes vivent vraiment là, mais se font reluquer comme dans un zoo par les touristes ; on a un peu l’impression d’être dans une réserve indienne. A un moment, on arrive même sur une petite place, d’où l’on peut admirer quelques mètres plus bas, un homme et deux adolescents retourner la terre. Ils pataugent à trois dans la boue avec leur buffle sous le crépitement des appareils photos, tandis qu’un autre sème le riz en le lançant par petites poignées dans la boue fraiche.

On ne se sent pas trop à l’aise dans cette ambiance, aussi, on continue tout droit jusqu’à sortir du village. Et là, à perte de vue, des rizières s’étalent sous nos yeux. C’est pour le coup beaucoup plus sauvage, et on n’est plus embêtés par les touristes. On en profite pour partir à l’aventure. C’est assez difficile à décrire, donc je vous conseille de regarder les photos en même temps pour vous faire une idée plus précise. En gros, vous vous souvenez du concept « d’escaliers » de la veille ? Eh bien imaginez-vous des marches dont la longueur varie entre 3 et 15 mètres, la largeur entre 1 et 5, et la hauteur rarement supérieure à 1.5. Elles sont toutes inondées, ce qui rend le paysage encore plus magnifique. On commence alors à les parcourir, en marchant en équilibre sur les minces digues de terre qui les séparent. Alors qu’on s’est déjà enfoncé pendant une bonne vingtaine de minutes dans ce décor étrange, Erik me demande : « Hey Anthony, why don’t you jump down to the next one ? ». Il fait le malin, mais je le prends au mot : « You give me 20 kuais and I’ll do it ». Ça semble ravir les trois autres (oui, il nous en faut peu) qui insistent. J’évalue la distance qui sépare la digue sur laquelle je me tiens de celle d’en bas. Environ un mètre cinquante, avec une hauteur d’un mètre. Ça semble faisable, mais il faut juste que je ne me rate pas. Si c’est trop court c’est le plongeon dans la boue de la marche d’en bas, si c’est trop long, je vais complètement tomber deux marches plus bas, toute aussi boueuse, sans compter que la digue sur laquelle je suis censé atterrir est étroite et glissante. Je m’en tire pas mal et déçoit leurs attentes de me voir remonter couvert de boue.

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On continue notre parcours, chacun vadrouillant au gré de ses envies (il y a de la place). On se rejoint tous quelques dizaines de mètres plus bas environ, puis commençons à remonter. Il y a plusieurs passages difficiles, et Sara ne cesse de pester. Léo, Erik et moi franchissons un passage particulièrement ardu, mais les filles ont plus de difficultés. Anaëlle émerge enfin, puis Sara. Triomphante, celle-ci commence alors un footing de victoire sur une la digue pour nous rejoindre en hurlant fièrement : « Regardez, je fais mon jogging sur les rizi… », et paf, elle dérape, et s’enfonce la jambe gauche jusqu’au genou dans la boue, sous nos regards hilares.

On vadrouille encore un peu, avant de revenir au village. Alors que je remonte une grande côté pour regagner la voiture, un chinois, tout en haut a son appareil photo (sur son trépied, bien sur), et commence à me prendre en photo discrètement. C’est excellent parce qu’à chaque fois, ils sont un peu mal à l’aise, et essaient de faire en sorte que je ne les voie pas, mais bien sur ça rate souvent. Du coup, j’en profite et fais le con en esquissant toutes sortes de pauses, tout en gravissant la côte. Ça le fait bien rire, et il me montre avec un grand sourire les clichés. Avec un peu de chance, je finirai sur le coin de la cheminée, dans le salon d’une famille chinoise…

On remonte dans la voiture, où le chauffeur, qui a été rejoint par son fils, partage avec lui un bong. Le gamin doit avoir dans les douze ans, mais ça n’a pas l’air d’embêter le père. Après lui avoir demandé, il nous conduit devant une sorte de petite auberge complètement vide. Il est environ 13h30 (les chinois mangent assez tôt), mais ils acceptent encore de nous servir. On pose une table dehors, et, alors qu’on joue aux cartes en attendant, on aperçoit une sorte d’on savoure une fois de plus un repas délicieux.

Le repas fini, on remonte dans le van, et, j’avoue qu’on n’a qu’une seule envie, c’est que le chauffeur roule sans s’arrêter pour qu’on puisse faire une bonne petite sieste. Une vingtaine de minutes plus tard, il nous dépose cependant devant un site extrêmement impressionnant. C’est une espèce de chaudron, où d’énormes montagnes entourent une vallée. Leurs pentes, creusées par les terrasses, sont dans la vallée sillonnées par les rizières qui étincellent de mille feux au soleil de l’après-midi. On a l’impression de contempler un immense vitrail : les pièces de différentes couleurs sont reliées et soulignées par le trait noir des digues, le tout donnant l’impression que la vallée est éclairée par le bas de la lumière du soleil.

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On reste pantois une bonne dizaine de minutes à contempler l’immensité magique, nous demandant comment les hommes ont pu rendre possible un tel spectacle, puis finissons par décrocher, et aller chercher une glace. On prend quelques photos, alors qu’Erik essaie de faire ami-ami avec un buffle d’eau d’humeur placide. On essaie de descendre un peu, mais on se rend compte que la vallée n’est pas accessible d’où on est. En remontant, on rencontre trois enfants qui jouent aux cartes sur une souche d’arbre. Je suis quasiment sûr qu’ils ont moins de dix ans, et pourtant, tous les trois fument des cigarettes nous regardant d’un air hautain.

Alors que l’on rejoint le sommet, un car de touristes chinois débarque. De là où on est, on peut entendre la clim faire chauffer le moteur, et, à peine arrêté, ils sortent tous avec leurs casquettes, bardés de leurs immenses appareils photo. Ils ont carrément des porteurs locaux, véritables esclaves qui trimbalent toutes leurs affaires. La classe moyenne chinoise dans toute sa splendeur…

Dernière étape de la journée, Bada, réputée pour sa vue au soleil couchant. Etant donné qu’on a été plutôt rapides sur tout ce qui était « sites à touristes », on arrive environ deux heures avant la tombée de la nuit. Et mauvaise surprise en arrivant : certes le spot est magnifique, mais rien que de loin, on voit que le point de vue est hérissé de trépieds et d’appareils photos. On se rapproche et, en effet, les touristes pullulent. On peste un peu, et, pendant que les filles et Erik se reposent et boivent un peu, Léo et moi partons en repérage, à la recherche d’un oasis de solitude.
On marche, on grimpe, et on finit par dénicher un petit coin tranquille en hauteur avec une super vue. Il est assez difficile d’accès, mais au moins, il n’y a personne. A vrai dire, on est sur une des « marches » de la montagne (mais celle-ci n’est pas inondée). On rameute discrètement les autres, mais je vois un groupe de chinois nous suivre suspicieusement de l’œil.

Et, en effet, alors qu’on savoure avec sérénité la solitude de notre nid perdu, je les vois qui finissent par arriver dix minutes plus tard. Bien entendu, ils hurlent et rameutent toute la troupe, mais le côté positif, c’est qu’avec tous leurs équipements, ils sont incapables de franchir l’accès. Et ce n’est certainement pas nous qui allons les aider.

Et nous voilà finalement tous les cinq au calme dans notre petit repère avec sous nos pieds un nouveau paysage, encore une fois incroyable. On a deux petites heures à tuer, aussi, on commence à faire les cons, et on se marre bien en prenant photos débiles sur photos débiles. Mine de rien, on passe un excellent moment de complicité tous ensemble, et, avec le recul, je dirais que c’était un de ceux que j’ai préféré du voyage.

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On attend tellement le coucher du soleil que, lorsque celui-ci passe derrière la montagne, on s’attend tous à un truc incroyable. Mais finalement, les rizières qui sont passées de bleues, à blanches, puis à orange-rosé, s’assombrissent en tirant vers le gris.Une dernière blague, une ultime photo et on plie bagage, direction le bercail.

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samedi 27 juillet 2013

Chapitre 13 : Dali, l'escale paisible.

Chapitre 13 : Dali, l'escale paisible.

De retour des Gorges, on passe la nuit chez Mama Naxi, que l’on prolonge d’une grasse matinée largement méritée. Journée de transition entre Lijiang et Dali. On passe la fin de matinée à nous balader dans les ruelles de Lijiang à faire un peu de shopping.

Puis, après avoir dit au revoir à Mama, qui nous donne à chacun un baozi et une banane pour la route en nous gratifiant de son plus beau sourire, nous prenons un bus pour Dali.

Après quelques heures, le bus descend lentement de la montagne, et sous nos yeux s’étale un nouveau paysage. Il doit être environ dix-huit heures, mais le ciel se charge de nuages noirs qui s’amoncèlent d’une façon menaçante. C’est assez étrange, car, en même temps, des rais de lumière percent la voute céleste striant le ciel sombre de rayures claires. Une large vallée s’étale à nos pieds. Autre curiosité, les champs sont d’un vert vif, encore une fois assez étrange.

C’est dans ce paysage biblique que nous sautons en route du bus qui ne s’arrête pas à Dali. Une bonne demi-heure de marche nous attend avant de gagner la ville en tant que telle.

Le soleil s’est couché lorsque nous entrons dans Dali. Erik, qui est déjà venu, nous conseille un hôtel, mais celui-ci se révèle être fermé. Chanceux, on n’a pas à marcher trop longtemps pour en trouver un autre. La douche fait du bien à tout le monde, et nous redescendons directement pour faire un tour. Tout le monde a faim, donc on avise un restaurant. Après avoir joué pendant une minute avec deux enfants qui nous regardent avec de grands yeux, nous commandons chacun les « nouilles-qui-traversent-le-pont ». En sortant du restaurant, on avise un vendeur de gaufres. Oui, vous avez bien entendu, des bonnes gaufres liégeoises au sucre. Bon, c'est pas "La Gueulardière" de Lille, mais ça reste inattendu. 

Dali est sans aucun doute une ville touristique, mais pas de la même manière que Lijiang par exemple. Aussi, on n’aurait jamais pensé à le faire là-bas, mais ici, on décide d’aller dans un bar qui fait aussi office de boite de nuit. Les consommations sont assez chères, et on commence tous à fatiguer un peu, donc on décide de mettre les voiles. Alors que je galère à enfiler mon manteau avec mon poignet déficient, les autres sortent. Je les rejoins une minute plus tard, mais, avant de pouvoir quitter la boite, trois jeunes chinois m’abordent et m’invitent à m’assoir à leur table et boire avec eux. D’un point de vue extérieur, ça peut paraître assez étrange, mais j’avoue qu’en Chine, c’est une expérience que l’on a eu à plusieurs reprises. Je reste donc à parler et boire avec eux, avant de me rappeler les autres dehors. Je m’empresse d’aller les rappeler, et ils nous rejoignent tous à la table pour le plus grand plaisir de mes nouveaux amis.

Ils parlent un peu d’anglais, on parle un peu de chinois, on se comprend tant bien que mal, mais ça discute abondamment. Ils viennent tous du Guangdong (Canton, Sud-Est de la Chine), et sont, d’après ce qu’on a compris, de tous récents concepteurs graphiques. Ils adorent le cinéma américain, et nous parlent de pas mal de films qui sont pour nous inconnus. Ils sont assez particuliers, voire représentatifs d’une certaine jeunesse chinoise (phrase assez tordue j’en conviens). Ils ont adoré Le Secret de Brokeback Moutain (les chinois sont globalement très peu tolérants envers l’homosexualité), ils utilisent des VPN qu’ils ont eux-mêmes créés afin d’éviter la censure, bref, ils ne sont pas exactement ce qu’on pourrait appeler des « chinois modèles ».

Pour autant, ils ne sont pas dénués de personnalité propre non plus ; par exemple, ils ne comprennent pas pourquoi le cinéma chinois s’inspire du cinéma japonais ou américain, et ne développe pas un « cinéma chinois » avec ses normes et caractéristiques propres. On boit beaucoup, rions encore plus, pour finir par aller se coucher, après avoir échangé nos numéros respectifs.

Le lendemain matin, suivant les conseils d’Erik, nous prenons un petit déj’ dans une bakery allemande, avec, tenez-vous bien, un sandwich baguette avec du jambon de parme, et du beurre salé. Oui, je sais, ça ne fait pas trop allemand, mais c’est un régal. Les finances ne sont pas au meilleur de leur forme, mais nous passons un pur moment de bonheur gustatif en retrouvant avec délice le charme de la cuisine européenne, qui passe plutôt bien après les dizaines de bols de nouilles et de riz sauté que l’on s’enfile depuis quelques mois.

Dali est une ville très posée, et le temps est magnifique, alors on en profite pour se balader. Sara et Léo partent de leur côté, alors qu’Erik et moi continuons de l’autre. On en profite pour discuter un peu, et je me rends compte qu’il a voyagé énormément. Avec notamment un pari un peu fou : partir de Stockholm, et continuer vers l’Est, tant qu’il ne doit pas prendre l'avion. Résultat : avec une équipe de potes, il a traversé l’Europe de l’Est en voiture jusque Moscou. De là, il a pris le transsibérien et parcouru toute la Russie pour atterrir à Vladivostok. Puis il est descendu en Corée, puis en Chine, avant de prendre le bateau pour Taiwan. De là, il a rejoint Shanghai, d’où il a pris un train et des bus jusqu’en Asie du Sud-Est où il a enchainé le Vietnam, le Cambodge, la Thaïlande et la Birmanie. Je crois qu’il voulait finir aux Philippines, mais, impossible d’avoir un bateau de là, il était obligé de prendre l’avion, ce qui a mis fin à son voyage… Assez impressionnant quand on y pense.

On croise des chinois que se font prendre en photo dans des costumes traditionnels ou de films, et on finit par retomber sur Sara et Léo (la ville n’est pas énorme), qui ont repéré un barbier. Léo aimerait se faire raser par un local, et nous avons tous les trois sérieusement besoin d’une bonne coupe de cheveux. Bon, on va hyperboliser un peu, mais en quelques mots… ce coiffeur nous a défiguré tous les trois, et a manqué d’égorger Léo. Pour autant, il était adorable et on s’est bien marré (notamment devant l’air effaré de Léo).

Il fait un soleil magnifique, le ciel est d’un bleu sans nuages (ça nous change pas mal de Beijing), et un petit vent vient même nous rafraichir. On en profite donc pour continuer notre balade. On prend vers un immense lac qui scintille au loin, mais on se rend compte au bout d’un moment qu’il est beaucoup trop éloigné pour qu’on puisse l’atteindre sans rater notre bus du soir. On se cantonne à la partie ouest de la ville dont on emprunte les rues qui serpentent. C’est assez drôle, mais là on tombe sur… des hippies chinois. Il y en a qui chantent, d’autres qui dansent, il y en a même qui vendent à même le sol des bijoux qu’ils viennent de faire. Je ne suis pas sûr que ça ait été du gout de Mao, mais l’on trouve ça assez sympa.

On finit par s’arrêter sur la terrasse d’un café, à l’ombre d’un mur à moitié en ruines, où tout le monde commande un chocolat chaud. Moi je meurs de faim, mais, après le petit déj’ de ce matin, mon budget, déjà au plus bas, continue de chuter, ce qui fait que je m’abstiens. Les chocolats arrivent, que Sara accompagne d’un cheesecake (vous l’avez compris, Dali est une ville assez touristique qui propose des « mets étrangers »). Je fais un peu la gueule, mais, quand je vois leur tête après la première gorgée qu’ils avalent, je triomphe. Apparemment, la mixture est des plus détestables. Tout le monde éclate de rire après que Sara goute son cheesecake, qui est, d’après elle, littéralement immangeable.

Le soleil commence lentement à décroitre alors on prend le chemin du retour vers l’hôtel. Par faim comme par gourmandise, je ne peux m’empêcher de reprendre une gaufre au vendeur de la veille. Je ne sais pas ce que j’ai en ce moment, mais je suis perpétuellement affamé. Ça doit être le contrecoup de mes précédents problèmes intestinaux, mais je ne fais que manger. On rentre à l’hôtel, où je commande des raviolis, qui ne me rassasient toujours pas. Je les accompagne donc d’un sandwich, avec des frites. Un ping-pong avec Erik, puis un dernier baby-foot en attendant le bus, et on décolle.

Autant, j’avais eu une super expérience du bus de nuit en allant à Lijiang, autant, là, le voyage est un cauchemar. Les lits sont encore plus petits que la dernière fois (apparemment, c’est possible), ce qui fait que je ne tiens même pas, non seulement en longueur, mais aussi en largeur. C’est assez insupportable, encore plus quand le bus commence à rouler. Mais la meilleure part reste quand tout le monde autour de nous se met à fumer. On doit être une bonne cinquantaine de personne dans un minuscule espace ce qui fait que je m’en prends continuellement plein la figure. Le bus est censé arriver à Kunming à deux heures du matin, mais on nous a dit que le chauffeur laisserait ceux qui le souhaitent y dormir jusqu’à six heures.

Alors que le bus roule, j’abandonne l’idée de m’endormir avant qu’il n’arrive à Kunming et que des gens sortent, alors j’en prends mon parti, et avale sans discuter la fumée de mes voisins. Au bout de quelques heures, on arrive enfin, et la moitié du bus descend. Puis, alors que j’essaie de trouver une position confortable pour me caler et dormir quelques heures, les lumières s’allument et le chauffeur hurle à tout le monde de sortir.

Nous, on croit avoir mal compris, donc on se regarde un peu interloqués, mais quand on voit le mot « shabi » (connard) se dessiner sur les quelques bouches des passagers restés finir leur nuit, on se rend compte qu’on ne s'est pas trompé… et que l’on nous expulse carrément du véhicule qui rentre à Dali !

D’une humeur massacrante, on empoigne nos bagages, et sortons du bus. Il est 2h20 du matin, on est dans la banlieue de Kunming, et on a… aucune idée de quoi faire. On hésite entre la nuit blanche, la nuit sous un pont et la nuit à l’hôtel. Erik, l’optimiste du groupe prend tant bien que mal les choses en main, et on finit par trouver un taxi pour le centre de Kunming. On rejoint le Hump, où une hôtesse endormie nous voit arriver avec des yeux pour le moins étonnés. On lui explique rapidement notre situation, mais elle nous rétorque, désolée, qu’il ne leur reste que deux lits. Petit moment de silence, où on se regarde tous les quatre en chiens de faïence. On n’en peut vraiment plus, on est crevés, en colère, bref, un peu tendus. Puis, on s’arrange à la bien : Sara et Léo vont prendre un lit à deux, Erik le second lit, et moi l’hôtesse va me caser dans la pièce DVD de l’hôtel.

Elle est située juste à côté de la salle commune de l’hôtel, donc Erik me prête des boules quies. On me met un matelas par terre avec une couverture et un oreiller, et je m’installe tant bien que mal. J’éteins la lumière et essaie immédiatement de dormir, mais je n’arrive pas à trouver le sommeil. Je sens des démangeaisons sur mes bras, puis sur mes épaules. Génial, les couvertures sont pleines de punaises. J’imagine déjà le pire, et essaie de dormir avec mes vêtements, mais les démangeaisons continuent. Il me faut un bon quart d’heure pour réaliser que lesdites punaises, sont en fait des moustiques. Sauf qu’avec des boules quies, je ne les entendais même pas venir. Une petite pensée à De Funès dans Fantômas, et je m’endors.

 

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dimanche 9 juin 2013

Chapitre 12 : Les Gorges du Tigre Bondissant, Into the wild.

Chapitre 12 : Les Gorges du Tigre Bondissant, Into the wild.

 

Ça grogne beaucoup pour se lever à sept heures, mais on ne traine pas. Un petit déj rapide, un sourire en sortant à Mama Naxi, et c’est parti ! Direction : la fameuse Gorge du Tigre Bondissant.

La veille, on a jeté un coup d’œil au guide, qui n’était pas des plus rassurants. En effet, d’après ses propres mots, il ne faut pas prendre cette randonnée à la légère, même pour les plus sportifs. Il nous conseille aussi d’emporter suffisamment d’eau, de l’écran total, ainsi qu’une protection pour les lèvres. En plus de ça, « plusieurs personnes, dont des étrangers ont péri dans la Gorge. Au cours de la dernière décennie, des voyageurs ont été agressés sur le chemin. Comme ailleurs, mieux vaut ne pas effectuer cette randonnée seul ». Eh ben, très encourageant tout ça !

On s’est arrangé avec Mama Naxi pour avoir un véhicule nous emmenant de Lijiang jusqu’à la gorge. La route est longue, et j’en profite pour m’assoupir, mais je suis brutalement réveillé par la voiture qui bringuebale sur les cahots. En effet, j’ouvre les yeux et constate qu’on est en pleine brousse : les hautes herbes, la piste ensablée avec des trous de béants, il ne manque que les chameaux et on se croirait sur le Paris-Dakar.

Ça a l’air de bien amuser le chauffeur qui rit tous les trois mètres, c’est-à-dire à chaque fois qu’un trou ou une bosse nous fait sauter en l’air. Alors qu’il conduit, on dépasse deux femmes chargées de sacs et de paquets. Il s’arrête et les fait monter tant bien que mal dans le véhicule. Je souligne intérieurement la générosité et la gentillesse naturelle du chauffeur, mais quelques kilomètres plus loin, ce dernier dépose les deux femmes… après qu’elles lui aient glissé chacune un billet. Bon…

On paie nous-même un droit de péage, puis nous arrivons enfin à la gorge. Ou plutôt dans ce qui ressemble à un petit village. On se retourne pour demander au chauffeur où est la gorge, mais ce dernier a déjà fait demi-tour. Great… heureusement qu’Erik est déjà venu une fois, ce qui fait qu’on se démerde tant bien que mal pour trouver la piste. Ça monte, et on dépasse le village pour nous enfoncer dans la montagne.

On passe devant des ânes qui nous regardent d’un air paisible, faisons une halte pour boire (il fait un soleil de plomb), et reprenons la route. Alors que l’on avance, les montagnes se dévoilent peu à peu à travers les nuages. Au début, on y croit à peine : ces triangles pointus, si haut, qui tutoient le ciel et se dégagent vaguement derrière les nuages… est-ce que ça pourrait vraiment être… oui, ça ressemble bien à des montagnes. 

Assez impressionnés, on continue jusqu’à atteindre un tournant où flotte un drapeau chinois, agité par le vent. Une mamie se trouve en dessous, derrière un minuscule stand et nous demande 10 yuans si l’on veut faire une photo avec le drapeau. 

Nous sommes en fait en train de cheminer sur le flanc de la montagne, sur un sentier encore une fois à pic. Quelques centaines de mètres plus bas, minuscule serpent argenté, la rivière ondule sous nos pieds. Elle est tellement loin que son grondement en est assourdi. On suit ce sentier qui semble contourner les montagnes, et à chaque tournant, se dévoile un paysage toujours plus incroyable. Ici des sommets enneigés qui scintillent au loin, là une montagne verte « en dos de dragon » qui semble sculptée en escaliers…

On fait encore une heure ou deux comme ça, jusqu’à rencontrer une petite mamie, toute rabougrie qui a un stand à l’ombre. Elle nous propose quasiment tous ses produits que nous refusons tour à tour. Elle fouisse un peu sous son stand et en sort avec un petit sourire un sachet plastique. « Ganzha ! Ganzha ! ». Ebahis, on se rend alors compte qu’elle nous propose environ cent grammes de marijuana, toujours avec son petit sourire. Elle n’en demande que quarante yuans, alors bien sûr, Sara, s’empresse de lui acheter. 

On continue un peu, avant d’arriver devant une espèce de grande maison, avec une cour en plein air. On entre et constatons avec plaisir qu’il est possible d’y manger. Les autres sont affamés, mais, moi qui suis toujours un peu fragile au niveau du ventre reste raisonnable. Je me contente d’un 爸爸面包, littéralement « le pain de Papa ». On est assez loin de la baguette, mais c’est délicieux. Alors que les autres sont en train de digérer paresseusement, je me lève et déniche un ballon de foot dans la cour. Je pense que ça fait huit mois que je n’y ai pas joué, et j’avoue que je retrouve avec candeur ce plaisir. Et apparemment, les autres sont du même avis, car ils viennent rapidement me rejoindre.

Cette récréation est de courte durée, car il fait une chaleur torride, et il vaut mieux économiser nos forces pour ce qui nous attend. En effet, après avoir marché un peu, on prête attention à un panneau indiquant « 28 bends ». En l’apercevant, Erik se lamente : apparemment nous attend une rude montée, qui tourne vingt-huit fois avant de s’achever. On se moque de lui en disant que c’est une chochotte, mais on déchante rapidement quand on attaque l’ascension. En effet, dès le départ, le ton est donné, si l’on n’est plus sur un sentier à-pic, la pente est extrêmement raide. Au bout de deux cent mètres, on s’arrête, exténués. Et on a passé… quatre tournants. Outch, ça risque d’être long. Le problème c’est qu’on est en plein soleil, et que ce sentier muletier et escarpé semble ne jamais finir. Je ne mens pas, je pense qu’on a bien dû y passer une bonne heure, sans compter les haltes pour souffler. 

Et au sommet nous attendais une autre « épreuve ». En effet, un chinois à l’ombre nous regarde monter sur les genoux avec un sourire encourageant. Il nous laisse souffler et, posés sur notre rocher, on constate une sorte d’excroissance de la montagne. Cette dernière forme un tournant, tout ce qu’il y a de plus régulier, mais au milieu de ce tournant, une sorte de corniche d’une trentaine de mètres qui se détache de la montagne pour se jeter dans le vide. En me relisant, je me rends compte que ce n’est pas vraiment clair, donc je vais essayer un autre moyen. Vous voyez la carte de la Martinique ? Eh bien, cette « excroissance », comme je l’appelle, est la presqu’île de la Caravelle. Une sorte de corniche rocheuse, pas tout à fait dans le vide, mais pas non plus clairement rattaché à la montagne. Toujours est-il qu’il est possible de s’y aventurer pour prendre une photo (la vue est assez incroyable) moyennant quelques kuais au chinois souriant. Bien entendu, moi qui ai un vertige incommensurable refuse catégoriquement de m’y aventurer, mais les autres, à force de pression, finissent par m’avoir à l’usure.

C’est extrêmement dangereux car l’endroit est vraiment très étroit et instable. Lorsque je m’y aventure, c’est à peine si je n’y vais pas à quatre pattes, et je progresse en m’agrippant à toute prise possible. Le vent hurle et rugit, la rivière gronde mille cinq-cents mètres plus bas, et moi je me cramponne tant bien que mal et avance extrêmement lentement. En un éclair je me rappelle les propos du guide, et vois déjà ma jambe glisser, et mon corps tomber pendant une minute avant de s’écraser. Mauvaise idée. Les autres sont bien trop attentifs (terrifiés ?) où ils mettent les pieds pour se moquer de moi. On finit par arriver au bout de ces trente mètres, puis on regarde en bas (haut le cœur) puis autour de nous : on est les maîtres de l’univers. Sérieusement, c’est magnifique et incroyable : non seulement à cause du paysage, mais aussi de l’ambiance. J’essaie de mettre des mots sur le sentiment que j’ai ressenti, mais c’est extrêmement difficile. On prend cette fameuse photos puis je m’empresse de regagner la « terre ferme ».

On continue sur un chemin nettement plus agréable. En effet, la roche cède ici la place à la forêt tempérée. Le sentier ne monte plus, voire descend par endroits, et des bambous sortant du sol en terre battue nous entourent. La joie et l’excitation sont retombées : nous sommes tous les quatre assez K.O. Je commence à jouer aux devinettes avec Sara et Léo, alors qu’Erik, qui a l’air assez mal en point semble effectuer sa traversée du désert. 

Le sentier continue encore et encore, mais nous apercevons une nouvelle petite maison où nous décidons de nous arrêter. Après avoir négocié, il est possible d’y passer la nuit. Erik qui semble avoir pris une insolation carabinée, et moi dont l’estomac est toujours aussi douloureux, allons directement nous coucher. Moi pour une petite sieste d’une demi-heure, lui pour une nuit de quatorze heures.

Lorsque je sors dans la cour rejoindre Sara et Léo qui essaient l’herbe qu’ils ont acheté le matin, le soleil se couche sur les pics enneigés. On est tous crevés, donc ils vont rapidement se coucher. Moi je reste un peu dehors, à retranscrire sur mon carnet les aventures de la journée. Lorsque je me glisse dans mon lit, il est à peine huit heures. 

Je me réveille en sueur quelques heures plus tard, avec une sensation douloureuse au ventre. J’hésite une minute… Non, ça ne peut attendre ! J’empoigne des mouchoirs, et vais aux toilettes. Vous y avez cru hein ? Eh bah moi aussi, sauf qu’il n’y a bien entendu pas de toilettes.

Me voilà donc sous les étoiles en quête d’un lieu propice pour soulager mes intestins. Je ne m’éloigne pas trop de la maison (on est en pleine forêt) et accomplis ma besogne. Alors que je rentre vers la chambre, je jette un coup d’œil autour de moi et je m’arrête. 

Le paysage est magnifique : des milliers d’étoiles illuminent le ciel d’un bleu nuit, les montagnes, telles des forteresses géantes nous toisent et nous cernent de toutes parts, les arbres sombres bruissent doucement, alors que la rivière brille sous le pâle reflet de la lune. Le moment est magique. Tant et si bien que je reste une bonne demi-heure, comme ça, sans bouger, à admirer les merveilles de cette nature incroyable.

 

 

Le lendemain matin, le temps a changé : le soleil brulant a laissé la place à des nuages brumeux qui cachent le sommet des montagnes, et qui définissent un ciel blanc, donnant à l’atmosphère un aspect un peu surnaturel. Erik va beaucoup mieux, et semble d’attaque. Par contre, Sara, qui a mal dormi, est d’une humeur exécrable. Comme elle fait tout pour trainer (on est censé ne pas rater le dernier bus nous ramenant à Lijiang en fin d’après-midi), et semble prendre tout son temps pour prendre une douche et commander un petit déj alors qu’elle s’est « levée » trois quarts d’heure après tout le monde, Erik et moi décidons d’éviter tout conflit et partons en avant tous les deux, la laissant aux bons soins de Léo.

On prend donc la route tous les deux, en empruntant le maigre sentier, qui, heureusement ne monte plus. Les paysages, bien moins verts, et bien plus rocailleux que la veille, sont toujours aussi incroyables. Alors que l’on marche, je n’arrive pas à trouver pourquoi : ce sont des montagnes, avec une rivière en bas, rien qu’on n’ait déjà fait. Je me creuse la tête là-dessus pendant une bonne heure avant de comprendre : c’est l’immensité de l’environnement qui rend l’endroit magique ; on se croirait presque dans Le Seigneur des Anneaux. En effet, pour la première fois, on voit des montagnes « en entier ». Je m’explique : à Kanding ou Emei Shan, on était sur des montagnes, mais on n’en voyait que des portions, soit le bas, soit le milieu, ou même le sommet pour Emei Shan. Ici, si l’on jette un regard tout en bas, on voit la base de la montagne partir de la rivière. Puis l’on peut suivre du regard cette montagne en relevant progressivement la tête. On arrive ensuite à notre niveau, mais la montagne continue vers le ciel, ce qui fait qu’on a comme l’impression d’être au premier étage de la tour de Babel reliant la Terre et les Cieux. En face de nous on a un énorme mur vertical mesurant 3900 mètres (distance qui, d’après le guide sépare les eaux de la rivière Jinsha des cimes enneigées de l’Haba Shan).

Et dans ce décor, deux petits points se déplacent  le long d’une ligne serpentant entre les montagnes. Perdus au milieu de cette immensité, on discute un peu avec Erik. C’est intéressant parce qu’on est presque amenés à parler de choses beaucoup plus personnelles que ce qu’on pourrait se dire à l’université ou dans un bar. J’en apprends un peu plus sur lui, et lui ouvre moi-même un peu mon cœur.

On dépasse alors deux enfants, la fille doit avoir treize-quatorze ans, le garons sept ou huit. D’une main de maître, la gamine mène son troupeau d’une vingtaine de chèvres à travers le maigre sentier rocailleux. Le petit garçon, lui, semble mettre tout son cœur à ramasser des pierres et les lancer sur les bêtes qui s’éloigne du troupeau pour les remettre dans le rang.

Le paysage devient de plus en plus sauvage : le vert des arbres a cédé la place au gris-marron des roches acérées, le ciel s’obscurcit de nuages menaçants, et à chaque grand tournant, un vent mordant  nous heurte de plein fouet. Pour pimenter le tout, une cascade… est en plein milieu du sentier. Bon ce n’est pas exactement comme les cascades de Guadeloupe, mais n’empêche qu’on galère pas mal pour passer.

Le paysage change encore, et cette fois, on a l’impression d’être en Bretagne, voire en Ecosse. On descend les quelques kilomètres restants avant de finalement atteindre la fin. Il est environ quinze heures, on en profite pour manger un bout en attendant les deux autres. Les voilà une heure plus tard, Sara qui fait la gueule, mais Léo qui compense par sa patience et sa gentillesse. Attablés à un petit restau, on aperçoit la rivière qui s’écoule violemment en bas. On a descendu pas mal, du coup elle n’est plus qu’à un kilomètre plus bas environ, il y a même un chemin pour y aller.

Il n’en faut pas plus pour nous motiver, et l’on est tous partants (sauf Sara qui est fatiguée), pour tenter d’atteindre cette fameuse rivière que l’on domine depuis deux jours. Il y a un petit problème, c’est que le dernier bus part dans moins de deux heures, et qu’après avoir demandé à la dame du restau, cette dernière nous informe qu’on met une heure et demie pour atteindre la rivière.

Bon, on tente, avec un peu de chance, ça va le faire ; au pire si on voit qu’on n’y arrivera pas, on n’ira pas jusqu’au bout, et on remontera avant. Du coup, on dévale la pente en courant, sous l’œil effaré des touristes chinois. Nous voilà maintenant aux prises avec une série d’escaliers à moitié en bois, à moitié en pierre, serpentant le long de la montagne. On fait attention, car c’est vraiment dangereux, mais on maintient notre allure. On arrive alors à un croisement de deux routes qui descendent vers la rivière : à gauche « Latter », à droite « Safe path ». Un peu étonnés, on ne joue pas aux plus malins et obliquons à droite.

 

On finit par arriver devant la rivière dont le tumulte est véritablement impressionnant. De notre perchoir, on était loin de soupçonner la violence avec laquelle elle se déchainait, mais là, c’est assez saisissant. Pas le temps de savourer ; on jette un coup d’œil à notre montre : on a fait la descente en quarante-cinq minutes, il nous reste une heure et quart pour faire la montée. Ça va être très tendu.

Clic clic clic clac Une photo, on ne s’attarde pas, et on décolle.

Ca grimpe, vraiment sec, et, au bout de dix minutes, on se rend compte que ça va être extrêmement difficile. En effet, on ne s'en est pas vraiment rendu compte à l'aller, mais la montée est extrêmement raide. Ce qui fait que même si on est crevés, on n'a pas le choix ni le temps de s'arrêter ou ralentir si on veut avoir notre bus et ne pas passer la nuit ici. On force pas mal tous les trois, ne faisant que des petites pauses de trente secondes. Toujours plus vite, toujours plus haut. 

A un moment, Erik grimpe à une échelle sur la montagne. Bizarrement, je ne me souvenais plus de ça à l'aller, mais, machinalement je le suis. Dans un métal rouillé, elle semble plus ou moins fixée à la montagne par des espèces de clous. Je ne lâche pas Erik, et continue de monter. A un moment je me retourne pour jeter un coup d'oeil à Léo pour voir s'il suit toujours. Et là mon coeur s'arrête. Tout en focalisant mes pensées sur le fait d'aller vite pour ne pas être en retard, je ne m'étais pas rendu compte qu'on était monté si haut. Et en effet, lorsque je me retourne, je suis paralysé. Ceux qui me connaissent bien savent que je suis extrêmement sensible au vertige, et là pour le coup, je n'étais jamais monté aussi haut. Et, glacé, je réalise une autre chose : que l'on n'a gravi qu'un tiers de l'échelle. Pour autant, pas question pour moi de redescendre, tout ce qui compte maintenant, c'est de me cramponner le plus possible aux barreaux de métal. 

Le plus calmement possible, je continue l'ascension. Un bras, deux bras, une jambe, deux jambes, une marche. Un bras, deux bras, une jambe, deux jambes, une marche. Le pire, c'est que je remarque qu'Erik semble avoir réalisé la même chose. Il ralentit, puis s'arrête. Je suis beaucoup trop concentré pour desserrer la bouche et entamer une conversation. En un éclair, j'anticipe ce qui se passerait si jamais il glissait et tombait... sur moi. Mauvaise idée, pense à autre chose, concentre toi sur l'échelle. Mauvaise idée quand je vois sa qualité, et que je me mets maintenant à imaginer qu'elle se détache de la roche, sur laquelle elle est très sommairement fixée... Erik vient abréger mes tourments et se remet à monter. Beaucoup plus lentement qu'auparavant, mais j'avoue que ce n'est pas pour me déplaire. 

Pour penser à autre chose, je compte les marches. Une ... deux ... huit ... quatorze ... vingt-et-un ... au bout de la vingt-septième, je m'éloigne, vainqueur du précipice. Sachant que je me suis mis à compter à peu près la moitié du parcours et que les marches mesuraient au moins trente centimètres chacune, l'échelle fait... plus de cent-cinquante mètres. Si j'avais su ce sur quoi je m'embarquais quand j'ai suivi Erik sur ce coup là, je ne l'aurais jamais fait. 

Et pour le coup, quand Léo émerge à son tour du vide, on a tous les trois des têtes de héros. On comprend maintenant le signe "Safe path" vu à l'aller. Pour autant, pas le temps de se gargariser, on est encore loin du sommet. Mais, aussi périlleuse qu'elle ait pu être, l'échelle, verticale, nous a fait gagné pas mal de temps et d'énergie. 

Aussi, on remonte les escaliers en courant. Bon d'accord, au bout de vingt minutes à ce rythme, on ralentit fortement la cadence, mais ça reste jouable. Devant les regards étonnés des touristes chinois, on traine difficilement nos carcasses vers le haut. Plus que cent mètres, ça y est, on est enfin au bout. Et il nous reste... cinq minutes avant que le bus ne parte. 

On tape un sprint avec les dernières forces qui nous restent jusque Sara qui nous attend d'un air un peu inquiet. Et les trois vainqueurs empoignent une cannette de coca frais (que nous avons d'ailleurs oublié de payer) au "restau" avant de sauter dans le bus. 

Le retour en bus a pour effet de nous achever.  On retourne sur Lijiang... où l'on savoure un repas au Macdo bien mérité. On est tous plus ou moins crevés, mais, en rentrant chez Mama Naxi, on traverse une bonne partie de la ville illuminée. Lijiang de nuit est aussi jolie que de jour, et toute aussi animée. En effet, bars et boites de nuit sont illuminés, et des chinois essaient tout et n'importe quoi pour faire entrer les passants dans leur établissement. A ce spectacle floklorique s'ajoute un spectacle voulu typique, mais délibérément touristique : une dizaine de mamies naxis, en costume traditionnel dansant sur la place du marché. 

On se hâte de retrouver notre lit, qui nous a décidément manqué après ces deux journées éprouvantes. 

 

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vendredi 31 mai 2013

Chapitre 11 : Lijiang, Venise Orientale.

Chapitre 11 : Lijiang, Venise Orientale.
 

Après une nuit de sommeil très relatif, le bus finit par s’arrêter à la gare de Lijiang. De là, Erik et moi prenons un taxi qui nous dépose à l’entrée de la vieille ville. En effet, Erik, qui est déjà venu une fois, recommande de passer la nuit dans une auberge appelée « Mama Naxi » au cœur de la vieille ville. Alors que le soleil se lève lentement sur les maisons de pierre qui nous entourent, nous traversons Lijiang pour rejoindre Sara et son ami chez Mama Naxi.

La ville de Lijiang a été construite sous la dynastie des Nan Song, il y a maintenant 1800 ans. Les canaux qui traversent la cité de toutes parts, les trois-cent cinquante-quatre ponts les surplombant comme des arcs-en-ciel, ou encore les saules pleureurs qui dansent avec le vent, en font une ville magnifique, inscrite sur la liste de l’Héritage Culturel Mondial de l’UNESCO.

Traversée par la rivière Dragon de Jade qui s’écoule du nord au sud et se divise en trois bras pour traverser la vieille ville : « rivière ouest », « rivière est », « rivière du milieu »,  Lijiang un lieu très pittoresque avec ses canaux se faufilant dans chaque ruelle et dans chaque famille. C’est par sa structure caractéristique qu’elle est surnommée « la Venise Orientale ». Passée la porte de la ville, on se croirait presque revenir plusieurs siècles en arrière, avec les jolies maisons chinoises traditionnelles, les ruelles pavées et les ponts en bois passant par-dessus les canaux clairs. Avec cette configuration, on peut comprendre l’importance qu’occupe l’eau dans la cité, aussi, les habitants de la vieille ville sont très stricts au sujet de son usage. D’après notre guide, il y a un célèbre puits dans la vieille ville nommé « Le puits des trois yeux» où l’eau du premier œil du puits ne sert qu’à être bue, celle du deuxième à nettoyer les légumes et celle du dernier à laver les vêtements.

En tous cas, lorsqu’on arrive chez Mama Naxi, je comprends pourquoi Erik tenait tant à y retourner. C’est une des petites maisons typiques, ancienne et traditionnelle bordée par un canal. Lorsque nous entrons, nous avons à peine le temps de remarquer l’intérieur en bois où les clients matinaux sont en train de prendre leur petit déjeuner, que nous sommes accueillis par la Mama en personne. Toute petite, il est très difficile de lui donner un âge, mais elle doit avoir plus de quatre-vingts ans. Pour autant, physiquement elle dispose de toute son énergie, et, avant même d’avoir commencé les formalités de réservation ou de paiement, elle nous donne à chacun une banane avec un sourire malicieux et chaleureux.

On va voir les deux, qui bien entendu sont en train de dormir, mais, vu leur réaction, on décide de leur laisser un peu plus de temps pour émerger. On en profite pour poser nos sacs et se commander un solide petit-déjeuner. Alors qu’on a commencé à lire chacun de notre côté, on voit arriver les deux sleepies, la tête encore endormie. Premier contact avec Léo, qui a pour principale préoccupation à ce moment-là de se maintenir éveillé, mais qui se révèlera par la suite, quelqu’un de vraiment adorable, avec qui j’ai vraiment bien accroché.

A leur tour d’expérimenter le petit déjeuner de Mama, puis nous nous mettons en route. Nous n’avons pas vraiment de destination précise, notre but est de partir à la découverte de la vieille ville et de se perdre dans le lacis de ruelles et de canaux. Les touristes (quasiment tous des chinois) sont en nombre, mais ça ne réussit pas à gâcher le charme des petites maisons au toit de pierre.

Alors qu’on arrive sur une place que domine une énorme arcade, nous apercevons un Naxi portant un aigle sur son épaule. Apparemment, il le « prête » aux touristes pour faire des photos. Sauf qu’au moment où on regarde, un couple de chinois veut une photo de son bébé avec l’aigle. Le rapace fait environ deux fois la taille du nourrisson, et pourrait lui ôter la vie en deux coups de bec, mais le massacre semble évité après le clic de l’appareil.

Cette fois, nous ne nous perdons plus dans le dédale des rues pavées, car nous avons un but : gagner les hauteurs de la ville, qu’une pagode domine de toute sa hauteur. En cheminant pour y arriver, nous remarquons d’étranges signes sur les murs. C’est du dongba, l’écriture des Naxi : à mi-chemin entre les caractères chinois et les dessins. Pas très loin des hiéroglyphes finalement.

Ca y est, nous avons atteint les hauteurs, et entrons dans la pagode. Celle-ci est construite sur plusieurs étages, et lorsque nous gagnons le dernier, nous savourons le spectacle de la vue extraordinaire qui s’étend sous nos yeux. En effet, nous avons l’ensemble de la vieille ville, mais vue de haut, ce qui fait qu’on ne remarque que les toits des maisons, petits rectangles gris et biscornus qui s’étalent à perte de vue. C’est dommage car les photos ne rendent pas bien de l’effet donné, mais c’est assez époustouflant : on dirait les petits fragments de céramique et d’émail d’une mosaïque extrêmement complexe. Pour le coup, on voit clairement le contraste entre la vieille ville et les maisons en pierre, « plates », et la ville moderne où les buildings semblent gagner la troisième dimension.

On redescend ensuite dans la vieille ville, et faisons une halte dans une boutique où Erik veut acheter du café, met plutôt rare en Chine. On discute un peu avec la patronne qui est gentille, et dans le même temps, on se fait harceler par ses deux chiens, qui sont pour le coup un peu trop chaleureux. Erik y laisse quasiment son bras, mais ça a l’air de bien faire rire la patronne et les chinois qui déambulent dans la rue. On passe ensuite par un temple où un arbre sacré rouge vif attire notre attention. Les prières des fidèles sont nouées à ses branches, support du message aux dieux.

Après avoir pris un déjeuner consistant encore une fois de jiaozi, on rentre chez Mama Naxi, histoire de se reposer un peu. Puis nous mettons le cap vers l’ouest de la ville, et principalement sur un marché. Bon, je ne vous raconte pas, vous commencez à avoir un peu l’habitude des marchés (et moi aussi) : des produits plus ou moins frais, de toutes les couleurs et odeurs imaginables, et la plupart du temps, on ne saurait en identifier que la moitié.

Le soir, nous sommes de retour chez Mama Naxi où l’on planifie un peu la prochaine excursion : les Gorges du Tigre Bondissant. Léo a remarqué un signe dans la cour, nous indiquant que l’on pouvait avoir un dîner Naxi fait maison, moyennant 25 yuans. Mon estomac qui se remet difficilement de ses mésaventures est assez réservé sur la question, mais ça a l’air d’emballer les autres.

 

Je me permets de faire une petite parenthèse, à ce moment de mon récit. En effet, au cours de ce voyage, on a rencontré pas mal de minorités (la plupart dans le Yunnan), mais, si je ne devais vous en présenter qu’une seule, ce serait les Naxis. D’abord, parce que c’est celle que j’ai eu le plus l’occasion de côtoyer (très modestement, soyons honnêtes), mais aussi parce que je la trouve particulièrement intéressante. En effet, descendant de tribus qiang d’origine tibétaines, les Naxis vivent encore récemment en familles matrilinéaires. Les dirigeants locaux étant toujours des hommes, la société Naxi n'est pas à proprement parler matriarcale, mais les femmes tiennent toujours une place prépondérante. Par exemple, à l’auberge, c’est Mama qui donne les ordres, et Papa qui exécute.

Les matriarches naxies maintiennent les hommes sous leur coupe avec des relations amoureuses très souples. Le système de l'azhu (l'ami), permet à un homme et à une femme de devenir amants sans partager le même toit : le garçon passe ses nuits chez sa petite amie, et retourne vivre et travailler chez sa mère pendant la journée. Les enfants appartiennent à la mère, responsable de leur éducation ; l'homme la soutient aussi longtemps que dure la relation. Etant donné ce système, la reconnaissance de paternité n'a guère d'importance. Les femmes héritent de tous les biens, et les conflits sont arbitrés par les ainées.

Il est aussi intéressant de remarquer que le dongba, la langue naxie, comporte elle aussi de fortes influences matriarcales. Les noms prennent une signification plus large avec l'ajout du mot « femelle » et un sens plus restreint avec le mot « mâle ». Par exemple, le mot pierre + femelle désigne un rocher, et pierre+ mâle un caillou.

 

C’était une longue parenthèse, mais j’avoue que c’est assez intéressant de voir Papa mettre la table pendant que Mama regarde la télé. Bref, revenons à nos moutons et à notre repas abondant. En effet, devant le bœuf sauté, les haricots verts, le poulet frit, on s’apprête à attaquer ce repas prometteur. Mais les plats arrivent les uns après les autres, sans qu’on semble pouvoir arrêter Papa de faire l'aller-retour entre la salle principale et la cuisine. Poisson grillé, riz sauté, choux chinois, nouilles en soupe, chips au fromage, aubergines… On a beau être pas mal à manger, on a l’impression que ce flot ne s’arrêtera jamais et que Mama, depuis sa cuisine, semble prendre un malin plaisir à nous assaillir de plats délicieux. Parce que soyons clairs, les plats sont peut-être nombreux, mais ils sont avant tout, tout simplement succulents. Épicé, doux, sucré, salé, amer, âcre, mon palais est aux anges, et ne sait plus trop bien où il est, devant un tel défilé de saveurs variés. Et aussi incroyable que cela puisse paraître, nous finissons quasiment tous les plats présents sur la table, au grand plaisir de Mama et Papa.

 

Après cela, nous jouons aux cartes autour d’une petite bière en digérant tranquillement tout ce qu’on vient d’avaler. Et là, un spectacle très simple, mais que je n’oublierai je pense jamais : dans la salle principale, Mama Naxi, telle une petite pomme ridée, grimpe sur ce qui se révèle être un minuscule lit, et s’endort, seule, au beau milieu de ses clients qui jouent ou discutent chaleureusement.

 

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dimanche 26 mai 2013

Chapitre 10 : Kunming, Cité du Printemps Eternel.

 Chapitre 10 : Kunming, Cité du Printemps Eternel. 

 

Après une très courte nuit, je suis réveillé par les cahotements du train. Je jette un coup d’œil à mon portable : six heures trente. Je me retourne dans mon étroit lit et entrouvre avec un sourire le rideau de la fenêtre. Devant mes yeux, le soleil se lève sur le Yunnan. En effet, pendant la nuit, nous avons (enfin) traversé la frontière et quitté le Sichuan. Notre aventure nous amène donc dans le Yunnan, ancienne terre d’exil des dignitaires tombés en disgrâce. Cette province est en outre fascinante pour sa diversité. De paysages d’abord (jungles impénétrables coupées par le Mékong, au sud ; rizières en terrasses à l’est ; ou encore les vertigineuses montagnes enneigées au nord), mais aussi de populations. En effet, plus de la moitié des minorités ethniques du pays résident dans la région qui offre un exceptionnel aperçu de la mosaïque culturelle chinoise. 

Après quelques minutes, le train ralentit, avant de s’arrêter complètement. Les deux autres me rejoignent et ensemble, nous sortons de la gare. Premier regard sur Kunming, ville que l’on a eu tant de mal à rejoindre, ville dont ma sœur m’a tant parlé, après y avoir passé une année. Et la première chose qui me frappe, c’est la chaleur : en effet, il est à peine sept heures, et je commence à étouffer sous mon léger manteau. Quand on pense qu’au même moment, il fait -15° à Beijing, c’est sûr que ça change. D’ailleurs, nouvelle différence avec les décors précédents : tout le monde est en T-Shirt à manches courtes, en short ou en robe. Quand on pense qu’il fait ce climat là toute l’année, pas étonnant que Kunming soit appelée la « Cité du Printemps Eternel ». Je jette un coup d’œil autour de moi et aperçois (pour la première fois depuis que je suis en Chine) un homme avec une kippa. Quelques minutes plus tard deux autres, avec un kufi (chapeau musulman). Ça change des Pékinois. Malgré le monde, la ville qui s’éveille me donne dès le début une bonne impression : en effet, même si on a nos gros sacs, qu’on ne sait pas où on va et qu’on est fatigués, c’est finalement assez agréable d’arpenter les rues bordées de petits marchands.

On arrive au « Hump », une auberge de jeunesse assez branchée, qui a l’avantage d’avoir une grande terrasse en plein air, dominant une des principales places de la ville. Pour autant, tout ce qu’on veut, c’est trouver notre chambre et prendre une douche. Une fois propres et bien installés, on s’accorde une bonne heure de sieste, avant de repartir. Il est environ midi lorsqu’on sort de l’hôtel, et la ville n’a rien perdu de son charme.

On déboule sur la grande place dont je vous avais parlé précédemment, et sommes immédiatement interpelés par l’odeur. En effet, aux endroits stratégiques sont postés une dizaine de vendeurs de brochettes, avec leur barbecue transportable, qui grillent des brochettes de viande, légume, ou poisson. Du côté de la grande arcade qui domine la place, des vendeurs de fruits nous proposent des pastèques ou des ananas « sculptés » à déguster sur un baton. C’est bien gentil tout ça, mais nous, on est vraiment affamés, et ce ne sont pas quelque malheureux bouts de viandes ou de fruits qui vont nous repaitre. Fidèles à nos amours, on se met donc en quête d’un restau de raviolis, qu’une fois de plus, on dévalise.

Nous sommes du côté sud de la ville, on prévoit donc de monter vers le Nord. Dans une ville comme Pékin, on aurait pris le métro, voire un taxi, mais ici, on est presque invités à marcher, tellement c’y est agréable. A vrai dire, en écrivant mon article, je réalise qu’à Kunming, on n’a pas fait grand-chose à part finalement, marcher, et se promener dans les rues. Il est donc un peu difficile pour moi de vous raconter des faits, étant donné que ce sont plus des ambiances et des décors. Si je devais décrire ce que j’ai retenu de Kunming en quelques mots, c’est que ça ne ressemble pas à une ville chinoise. Après seulement quelques mois passés en Chine, c’est un peu présomptueux de dire ça, mais, mon idée, c’est que c’est une ville carrefour. Ne serait-ce que par son histoire ou sa géographie d’ailleurs. En effet, elle est à quelques centaines de kilomètres à peine (échelle chinoise) de la Birmanie, du Laos et du Cambodge. De même, historiquement elle a été l’objet de nombreuses conquêtes et reconquêtes entre les divers empires, sans oublier que c’est une ville qui est sur le parcours de la fameuse « route de la soie » reliant l’Orient à l’Occident. Je dirais donc que trois influences s’y interpénètrent : l’influence chinoise, sans aucun doute, l’influence musulmane, et j’irais même jusqu’à dire l’influence occidentale. En effet, rien qu’au niveau architectural, les mosquées côtoient les temples, qui jouxtent les énormes centres commerciaux où les marques européennes et américaines se comptent par dizaines.

Bref, un peu émerveillés par ces contrastes et ces différences, nous nous baladons en ouvrant grand les yeux. On remonte l’avenue principale puis bifurquons vers le quartier musulman ou plutôt ce qu’il en reste. En effet, s’il était jadis prospère, il a été entièrement rasé en 2007 (merci Beijing). Tout ce qu’il en reste, c’est une immense mosquée que l’on essaie de visiter mais qui est malheureusement interdite au public.

Les deux s’achètent une glace, et moi un jus, et nous marchons dans ce que je pourrais qualifier de « vieille ville », c’est-à-dire des rues et des maisons en bois extrêmement vieilles, mais abandonnées pour la plupart.

On oblique ensuite vers « le marché aux oiseaux et aux fleurs », où l’on peut en réalité trouver tout et n’importe quoi, y compris des oiseaux et des fleurs. Je retiendrais principalement, les stands de bijoux, de babioles vertes (jade et autres), de curiosités, de bibelots, de tapis, et de gadgets divers, ainsi que d’innombrables objets étranges, sans oublier bien sur tous les animaux : chats, oiseaux, poissons en tous genres, lapins, souris, serpents (à qui l’on donne des souris vivantes), insectes, lézards, ainsi qu’un autre animal que je n’ai jamais vu. Ca ressemble à un lapin qui se tiendrait sur deux pattes, ou une souris énorme avec des oreilles géantes et une abondante fourrure ; je demande à Erik et Fred s’ils savent ce que c’est, mais j’avoue que leur réponse « looks like a Pokémon » me semble la plus proche de la réalité.

On passe ensuite devant le Lac Vert, où des centaines, voire des milliers de mouettes tournoient. Apparemment, ça doit être une fierté de la ville, mais je ne mens pas, il y en a un nombre incroyable.

On remonte toujours vers le nord avant d’arriver au quartier des universités. Et là je dois dire que je pense beaucoup à ma sœur, avec pas mal d’envie d’ailleurs, parce que l’Université de Kunming est véritablement géniale. Ce sont des anciens bâtiments au style assez occidental (elle doit dater des années trente) au beau milieu de ce que j’appellerais un jardin. Les bâtiments, reliés par des allées de pierres, semblent comme posés au milieu de palmiers, de fontaines, et de fleurs en tous genres. Quand je pense à mon campus tout gris, au milieu du fog pékinois… 

On longe le Parc du Lac Vert, parcourons quelques rues, puis arriv… Non…  mais oui, c’est bien ça ! Alors que nous sommes en train de dévier vers l’ouest, je m’arrête devant un café dont l’inscription indique «  Café Français ». Ça a l’air tout con comme ça, mais depuis que j’ai commencé ce voyage, la France me paraît tellement lointaine, et là, tout d’un coup, paf. Je n’ai pas à insister beaucoup pour motiver les autres à entrer.

Le cadre est vraiment sympa : entièrement en bois, le café s'étale sur deux étages. Nous montons au premier et nous calons confortablement sur ce qui ressemble à une banquette en mousse autour d’une table. Avec excitation, je regarde le menu et mon cœur s’accélère : crêpe, sandwich et croque-monsieur, avec bien entendu toutes les pâtisseries françaises. Les prix sont assez chers, mais mes envies semblent s’être décuplées en un instant. Avec optimisme, je demande à la serveuse qui vient prendre notre commande : « Une crêpe banane-chocolat, avec un jus d’orange s’il vous plait ». La réponse ne se fait pas attendre : « 啊,什么 ? ». Bon, je me suis peut être emballé. Le temps que ça arrive, je jette un coup d’œil au décor : sur les murs sont posés des affiches françaises : Le Chat Noir de Rodolphe Salis, Ricard, Banania (c’est ça la France !) qui, encore une fois, ne manquent pas de m’émouvoir. A côté de nous, un couple de jeunes chinois sont carrément en train de se partager un joint en discutant à côté de la fenêtre. On peut dire ce qu’on veut, les gens de cette ville ne semblent vraiment pas se prendre la tête. Arrivent ma crêpe et mon jus d’orange : c’est sûr que ça change du riz sauté et des espèces de gâteaux bleus chinois. Je bois une goutte et retrouve avec délice le gout amer qui a bercé mon enfance ; rien à voir avec ces jus contenant 60% d’eau, 30% de sucre et 10% d’orange que l’on trouve ici. Mon amour de la Chine semble s’être évaporé en un instant, et me voilà à retrouver les plaisirs de mon pays. Ca fait d’ailleurs bien rire les deux autres qui s’empressent de me le faire remarquer avec malice. Pour autant, ils n’ont pas l’air malheureux devant leur baguette beurrée avec du salami.

L’endroit est tellement sympa et confortable qu’on y passe deux heures à discuter sans rien faire. Vous voyez un peu quand je vous dis que Kunming est une ville où finalement on ne fait pas grand-chose ? Par contre, quand on sort, on passe immédiatement devant une sorte de cantine qui me rappelle immédiatement où je suis : ça pue, ça crache, et ça fait du bruit en mangeant, on se croirait dans un roman de Zola. En relisant ça, je me rends compte que je sonne extrêmement insultant, voire carrément raciste, mais, je pense que ce sentiment de ras-le-bol (qui exagère forcément les choses), est quelque chose que tout étranger qui part vivre dans un pays à la culture si différente, est obligé de ressentir. Bref, je ferme cette parenthèse.

Ensuite, on va finalement se balader dans le coin, où on repaire une librairie internationale avec des livres en chinois, en anglais, en français ou en allemand. J’ai la très grande surprise d’y retrouver des ouvrages illustrés de ma petite enfance, ainsi que plusieurs livres qui auraient été interdits à Beijing. On passe une bonne demi-heure à fureter entre les bouquins, avant de reprendre la route. Alors qu’on déambule dans une petite rue, on croise un occidental, qui se révèle être Chris, un prof américain qui enseigne la science politique à notre université. Les deux autres ne le connaissent pas, mais, lui et sa femme, Andrea, sont des grands amis de Khaled, ce qui fait que je les ai déjà croisés plusieurs fois. Ils sont trop drôles : lui est petit et bedonnant, alors qu’Andrea est une des plus grandes femmes que j’ai jamais vue. Bref, les croiser dans la rue est assez drôle, mais, pour le coup, se rencontrer comme ça par hasard à plusieurs milliers de kilomètres de Beijing, ça semble carrément incroyable.

On poursuit notre aventure, et, alors que le soleil commence lentement à se coucher, nous revenons sur nos pas et entrons dans le Parc du Lac Vert. L’ambiance est vraiment détendue : la lumière qui vire à l’orange se reflète sur les rides du lac, et les vieux viennent y faire de l’exercice alors que la chaleur commence à redescendre. Nous nous arrêtons à côté de la rive, où une bonne quinzaine de chinois sont en train de chanter. Quand on se rapproche, on voit que leur chanson s’appelle « Nous aimons la Chine ». Sacrés chinois !

S’en est fini de notre petite excursion, on rentre au Hump, et nous prenons une bière sur la terrasse définitivement géniale qui domine une partie de la ville. Alors que l’on discute paisiblement, je repère un point brillant haut dans le ciel. Au début, je crois que c’est un avion, mais après avoir bien observé, je me rends compte que c’est un cerf-volant ; il doit facilement voler à trois cent mètres dans le ciel. Avec le sommeil en retard qu’on accumule, on ne fait pas long feu, et finissons au lit à dix heures.

  

Le lendemain, après une grasse-mat’ des plus agréables, on met le cap vers un petit village dans les environs de Kunming. Là, j’avoue que j’ai un peu honte, car je ne me souviens quasiment plus du lieu. Je ne me rappelle pas du nom, et je pense vaguement, que c’était l’ancienne Kunming. Pour autant, j'ai retenu certaines choses qui m'avaient marqué.

D’abord que c’était assez loin de la Kunming moderne ; on a dû prendre le bus pendant au moins une demi-heure. Lorsque nous sommes arrivés, on a ensuite été visiter les temples. L’endroit était malheureusement bondé de touristes chinois, mais pour autant, je me souviens d’un détail qui m’a marqué, ce sont les peintures sur les murs du temple. Elles m’ont immédiatement fait penser aux oeuvres des primitifs flammands, dont les démons torturent les pécheurs dans les flammes de l’enfer. Bon bien sûr, à la sauce chinoise, mais j’avoue que c’était assez impressionnant de voir ces fresques aussi détaillées, qui plus est sur les murs d’un temple.

Alors qu’on continue notre chemin, on est interpellés par un brouhaha à une centaine de mètres devant nous. On se rapproche et constatons devant nos yeux en pleine rue… une véritable pièce de théâtre. Pour la célébration du Nouvel An, une quinzaine de chinois sont déguisés en pleine rue en différents animaux et humains. Le plus imposant est un dragon -sous lequel se cachent trois chinois qui l’animent- qui ondule au rythme de la musique. Un pêcheur, un lion, plusieurs poissons et coquillages tous incarnés par un chinois évoluent à ses côtés. C’est là où je me rends compte que ma connaissance de la culture chinoise est assez limitée, car contrairement à la foule qui m’entoure, je ne connais ni la symbolique, ni l’histoire qui semblent accompagner cette mascarade. Des pétards sont jetés aux pieds du dragon qui se réfugie dans la bijouterie la plus proche. 

On voit ensuite pas mal de choses, mais ce qui nous attire le plus, ce sont sans aucun doute les restaurants dont l’odeur embaume les rues. On achète une galette de pain du Xinjiang que l’on se partage, histoire de tenir encore un peu. On passe devant des sculpteurs de bracelets, puis devant un magasin qui vend des pierres (des gros cailloux, pas des bijoux ou des pierres précieuses), on fait un détour par une pharmacie (mes problèmes de santé m’ont abandonné, mais ce n’est pas le cas de tous), avant de capituler, et de foncer sur une terrasse en plein air pour nous sustenter.

D’un commun accord, on se propose d’essayer le plat le plus réputé du Yunnan : les « nouilles-qui-traversent-le-pont ». On nous sert un bol de bouillon brûlant (à base de poulet de canard et de travers de porc) assaisonné d’un filet d’huile et accompagné d’une assiette de porc cru émincé, de légumes et d’œufs, ainsi qu’un bol de nouilles de riz. On mélange rapidement tous les ingrédients dans le bol de bouillon, où ils cuisent. On raconte que cette recette fut inventée par l’épouse d’un érudit de l’Empire. Celui-ci étant parti sur une île isolée pour étudier, elle inventa des plats chauds qu’elle lui apportait chaque jour en traversant le ponde. Ce plat de nouilles fut le plus apprécié et appelé « nouilles qui traversent le pont » en hommage à ses déplacements quotidiens. On conclue le tout par un sorbet à la mangue histoire de bien nous rafraichir et reprenons un bus pour Kunming.

Le soir est celui de nos adieux avec Fred : en effet, nous partons quelques heures plus tard pour Lijiang pour rejoindre Sara et son ami dans le nord, alors que Fred reste encore quelques jours à Kunming avant de décoller pour Katmandou. Pour célébrer ça, on se propose de se faire un restaurant coréen. Les deux se prennent une un assortiment de riz et de viande avec le fameux kimchi (choux épicé coréen), alors que j’opte pour une sorte d’escalope pannée au curry. Ils semblent tous les deux regretter leurs choix quand ils voient leur assiette arriver, et encore plus quand c’est au tour de mon plat.

Arrivent les embrassades chaleureuses avec Fred, avec qui, il est vrai, j’ai vraiment passé un excellent voyage, et qui a été très correct avec tout le monde. Erik et moi mettons le cap vers la gare ouest. On a décidé de tenter une nouvelle expérience : le bus de nuit. Expérience qui se révèle désastreuse : lorsqu’on arrive à vingt-deux heures quarante, on se rend compte que le bus était à vingt-deux heures et non vingt-trois. Et là, j’avoue qu’on pète un câble : en effet, non seulement le billet nous a couté trois cent yuans, mais en plus, on va devoir reprendre un taxi pour Kunming, où l’on va devoir repayer une nuit (si l’hôtel n’est pas complet). Bref, gros moment de bad, et même Fred qui nous regarde rentrer avec de grands yeux étonnés comprend que ce n’est pas le moment de se moquer de nous.

 

Le lendemain, Erik et moi sommes plus ou moins dégoutés, et on passe tous les trois la journée à glander. On bouquine, on profite d’Internet pour envoyer quelques mails, on joue aux cartes, bref, on passe une journée plutôt pépère. Et le soir, même scénario, avec cependant une heure d’avance. Nous revoilà à la gare où l’on nous montre notre bus. Après avoir mis nos gros sacs dans la soute, on entre, et là, j’avoue que c’est une surprise.

Essayez de vous imaginer trois rangées dans le sens de la longueur, avec une dizaine de lits par rangée. Ça fait déjà pas mal, mais petite précision, les lits sont à deux étages, avec encore des gens plus ou moins assis tout au fond. Le bus quant à lui à une taille standard, ce qui fait que dans ce bus normal, on est environ une soixantaine. Je ne sais pas si vous arrivez à vous imaginer, mais l’endroit ressemble vraiment à une boite de sardine, où l’on essaierait d’entasser le plus de monde possible. La contrepartie de cette efficacité, c’est que les lits font assez cercueils, et sont minuscules, même pour des chinois : c’est-à-dire que je n’arrive pas à tenir dedans, et que mes pieds dépassent. Pour autant, j’avoue qu’on se marre bien avec Erik, et que l’expérience est assez enrichissante, notamment lorsque le bus se met à rouler. Et croyez-le ou non, mais j’arrive même à dormir quelques heures.

 

 

 

 

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jeudi 23 mai 2013

Chapitre 9 : Panzhihua, rencontre avec la police chinoise.

Chapitre 9 : Panzhihua, rencontre avec la police chinoise.

 

Le lever est, comme vous pouvez vous l’imaginer, assez difficile. A part ma main qui est toujours aussi douloureuse, je m’en sors relativement bien, notamment après la soirée de la veille. Lorsqu’on se lève vers 6h, les pétards semblent s’être tus, à part quelques petites explosions irrégulières. Alors qu’on a tout préparé, et qu’on s’apprête à prendre la route, Erik vérifie son sac… et ne trouve plus son passeport. Gros moment de panique : en effet, on ne peut prendre le train sans passeport, sans oublier tous les autres problèmes qu’occasionnerait la perte dudit document… Après une bonne vingtaine de minutes de recherche intensive, il finit par le retrouver derrière son lit.

On ne traine pas, et on commence notre première mission : trouver un taxi nous emmenant à la gare. Ce qui se révèle très rapidement être une tâche délicate, étant donné… que les rues sont vides. A vrai dire, l’ambiance fait assez surnaturelle : les rues, avenues et les routes sont désertes, mais écarlates. En effet, des monceaux de résidus de pétards jonchent chaque recoin, ce qui fait que, avec les signes sur les portes, il y a du rouge partout.

Notre problème, c’est qu’aucune voiture ne semble circuler. Un peu inquiets à l’idée de rater notre bus, on accélère le pas, jusqu’à rencontrer -miracle !- un groupe d’une demi-douzaine de personnes qui semblent attendre quelqu’un sur le coin de la route. Il s’agit en fait d’un bus (on apprend qu’il n’y en a que trois dans la journée) qui traverse la ville… et passe par la gare. Sauvés !

Je vous rappelle rapidement le plan : comme, il n’y a plus de bus Xichang-Kunming, on prend un bus pour Panzhihua, d’où on peut en trouver un à coup sûr pour Kunming. Lorsqu’on arrive à la gare, celle-ci semble déserte, et notre bus ne compte que quatre autres passagers.

Par un beau soleil, on regarde un film, puis jouons aux cartes, avant d’arriver à Panzhihua. Cette ville à la frontière entre le Sichuan et le Yunnan est connue notamment pour son riche sous-sol et ses mines à ciel ouvert, réputées les plus sures du pays. N’empêche que lorsqu’on y arrive, un épais nuage de poussière (charbon ?) masque le soleil. Une fois arrivés, on sort de notre bus, et on marche vers la gare routière pour prendre notre bus pour Kunming. Sauf qu’une petite surprise nous y attend : la gare est fermée. Ah. Je repense à la dame de Xichang qui nous a affirmé avec certitude que trouver un bus à Panzhihua pour Kunming ne poserait aucune difficulté. Tsss.

Du coup, on est bien embêtés car très peu d’options se présentent à nous.

Soit on attend à Panzhihua que la gare rouvre : on se renseigne, et on apprend qu’en raison du Nouvel An (qui commence sérieusement à nous gaver), elle ne rouvrira qu’une semaine plus tard.

Soit on essaie de louer un taxi ou une voiture pour nous emmener à Kunming : après avoir demandé à différentes personnes, on réalise que ça nous reviendra à 3000 yuans.

Alors qu’on commence un peu à paniquer, Erik, décidément plein de ressources à une idée. Essayer d’aller voir à la gare ferroviaire qui, elle, n’est peut-être pas fermée. Celle-ci semble close, mais, à notre plus grand soulagement, un petit bureau est encore ouvert. On prie le ciel pour avoir un train pour Kunming, et notre vœu est exaucé. Sauf que le fameux train (le seul de la journée) est à deux heures du matin. Tant pis, tout sauf rester ici, par pitié.

On prend nos tickets, nous asseyons dans un coin à l’ombre (il fait un temps magnifique), et prenons notre mal en patience : il est midi, et nous avons quatorze heures à tuer dans ce coin perdu. La gare ferroviaire est assez excentrée de la ville, ce qui fait qu’on ne peut même pas aller s’y balader : en effet, afin d’éviter toute mauvaise surprise, on préfère rester aux alentours de la gare.

Ainsi soit-il, nous nous asseyons tous les trois sur un banc sur le bord de la route, et commençons à jouer aux cartes. Alors que les minutes s’écoulent lentement, les chinois nous dévisagent plus ou moins discrètement, les vieux d’un regard désapprobateur, les jeunes d’un air curieux. Ce n’est pas ce qu’on peut appeler la campagne chinoise, mais ça m’étonnerait qu’ils aient vu beaucoup d’Occidentaux dans leur vie ; je ne suis pas sûr que la mine de charbon soit une destination prisée des touristes…

Au bout de vingt minutes, un jeune chinois vient me voir, et me demande s’il peut prendre une photo avec moi. Il faut savoir que depuis le début, on fait un concours avec Erik, Fred et Sara, de celui qui sera le plus sollicité pour faire des photos, et il faut dire que les français semblent avoir plus de succès que les suédois. Du coup, je leur lance un clin d’œil appuyé, et ris encore plus quand, un quart d’heure plus tard, un couple vient à nouveau me demander de poser avec eux. Alors qu’on continue de jouer paisiblement (déjà une heure de passée, plus que treize !), je vois deux petites minettes passer devant nous en nous lançant un regard appuyé. Hauts talons, énormes lunettes de soleil et robe d’été, elles doivent être un peu plus jeunes que moi. Dix minutes plus tard, elles nous recroisent dans l’autre sens, et cette fois s’arrêtent… pour me demander de faire une photo avec moi. Cette fois, c’est autour des deux autres de me charrier discrètement, puis de plus en plus audiblement lorsque l’une d’elle me demande mon numéro de téléphone. Et là, devant notre regard ébahi à tous les trois, elle commence à déchirer en deux un morceau de son étoffe vermillon, garde la première moitié, et me noue la seconde au poignet, avant de s’éloigner avec son amie.

On continue de jouer jusque quatorze heures, puis on décide de bouger un peu et d’aller se mettre à l’ombre car on est en plein soleil. On essaie de faire le tour des environs (très restreints), avant de se poser sur un escalier à côté du poste de police.

On est à peine installés qu’en sort un policier qui nous regarde d’un air puissant et commence à nous parler. On se rend en fait compte qu’il nous prie de ne pas rester dehors et d'entrer. On est à peine dans le commissariat qu’il nous invite à boire le thé avec lui, et à poser dans un coin nos bagages qu’on se trimballe depuis le début. Un peu interloqués, on obéit, et nous nous asseyons, alors qu’il pose devant nous trois verres fumant ainsi que des pipas. Bon, vous l’avez compris, il est extrêmement gentil et hospitalier, et, alors qu’il doit retourner travailler, il s’assure que l’on ne manque de rien, avant de nous laisser devant la télé. Comme quoi, il y a des fois, ça paie d’être occidental.

Du coup, nous on ne sait pas trop où se mettre ; on est en plein milieu du commissariat, et chaque policier passe devant nous avec un sourire. En cette période creuse, ils n’ont pas énormément de choses à faire, et ils en profitent pour nous chouchouter. J’entends une sorte de petit brouhaha, et je crois comprendre que les policiers poussent leur collègue (une jeune recrue qui doit avoir notre âge) à venir nous parler, étant donné qu’elle maitrise quelques mots d’anglais. Elle est trop mignonne, toute timide et réservée. Du coup, on la met tous les trois à l’aise et on discute, à moitié en anglais, à moitié en chinois ; on lui raconte notre voyage, comment on a atterrit là, à quelle heure est notre train. Au bout d’un moment, on s’excuse, en lui disant qu’on a vraiment faim, et qu’on aimerait prendre congé pour aller manger un bout.

Immédiatement, elle nous prie de laisser nos bagages ici, convoque un de ses collègues, et nous fait amener… la voiture de police !

Au début, on ne comprend pas tout à fait, mais, oui, c’est bien ça, son collègue va nous servir de chauffeur pour nous emmener au restaurant. Les policiers et les militaires chinois jouissent d’une réputation assez terrible en France, mais pour le coup, je peux vous dire qu’ils s’y connaissent en matière d’hospitalité. Elle monte avec nous, et nous dépose devant un restaurant : apparemment il est trop tard pour que celui-ci nous serve (on est au milieu de l’après-midi). Quand on revient bredouille, elle sort de la voiture, et va elle-même demander au patron, mais apparemment, les cuisiniers ne sont même plus là. On fait comme ça deux ou trois boui-boui, mais c’est tout aussi mort, malgré ses efforts. Elle commence alors à s’excuser platement, mais on lui dit que ce n’est pas grave du tout : on a repéré un supermarché où on achètera des fangbian mian (vous savez les nouilles qu’on bouffe depuis trois semaines). On ajoute à cela un paquet de chips, d’Oréos, et un petit sachet d’ananas confits qu’on s’empresse de leur offrir.

De retour au poste de police, ils nous font chauffer de l’eau pour nos nouilles, et nous commençons à manger sous leurs regards amusés. Ils sont très heureux qu’on leur ait offert les ananas confits, mais je me rends rapidement compte que la fille lorgne les Oréos d’un air gourmand.

Après avoir partagé avec tout le monde, et achevé ce « repas », il nous reste encore huit heures à tuer. On joue aux cartes, regardons des films sur l’ordinateur d’Erik, lisons un peu, puis vers neuf heures du soir, décidons d’aller manger. Cette fois, nous avons plus de chance car un restau semble encore ouvert. Les deux se commandent un riz sauté, avec du bœuf aux légumes, alors que moi, toujours patraque niveau nourriture, m’abstient.

Lorsqu’on rentre au commissariat, une heure plus tard, on comprend que la plupart des policiers rentrent chez eux. La jeune policière n’est plus là, mais son collègue, nous met dans une pièce à l’écart avec un peu plus d’intimité. Après avoir regardé Skyfall, le dernier James Bond, il nous reste encore deux heures et demie, et on commence sérieusement à en avoir marre des cartes et de nos livres respectifs. Erik qui depuis un bon bout de temps lorgne les cinq « casquettes » de gendarmes et de policiers alignées en ordre sur le bureau hésite à les essayer.

Une demi-heure plus tard, nous voilà tous les trois comme des gamins à prendre des photos de nous-mêmes, coiffés de casquettes d’officiers de police. Alors qu’on se marre silencieusement, je remarque qu’une des armoires est à moitié ouverte, et laisse dépasser un bout de casque. Après avoir vérifié qu’il n’y avait aucune caméra dans la pièce, on ouvre l’armoire, et découvrons la panoplie du policier anti-émeutes : casque, matraque, rien ne manque, pas même le bouclier. On n’en peut plus d’attendre, alors, le plus silencieusement possible, je sors chaque équippement, avant de coiffer le casque, de saisir la matraque et d'empoigner le bouclier anti-émeutes. Après un dernier coup d’œil vers la pièce centrale du commissariat, Erik sort un drapeau de prière tibétain et s’en drape, pendant que je fais mine de le poursuivre et de le matraquer. Des vrais gamins je vous dis. Heureusement, personne n’entre dans la pièce, et nous remettons tout à sa place, bien en ordre.

Notre train part dans une heure et demie, il est temps de lever l’ancre. Nous empoignons nos gros sacs et prenons congé de nos hôtes, après les avoir chaleureusement remercié. La gare semble enfin ouverte et, lorsque nous arrivons, nous faisons une fois de plus sensation. Pour autant, je ne sais pas si c’est la fatigue, mais cette fois, ça semble plutôt glauque : en effet, les gens (des hommes malades d’après mes souvenirs x) viennent carrément à côté de nous, et s’arrêtent pour nous regarder.

On est enfin délivrés de tout ça quand notre train arrive (enfin) pour nous amener à Kunming (enfin !).

 

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lundi 20 mai 2013

Chapitre 8 : Xichang, au coeur de l'hospitalité chinoise (8-9-10 février).

Chapitre 8 : Xichang, au coeur de l'hospitalité chinoise (8-9-10 février).

 

Le lever à 5 heures du matin pour attraper le bus est très douloureux, mais on n’a pas vraiment d’autres choix. Une fois dans le bus, je réussis à replonger dans un demi-sommeil, mais qui ne cesse d’être interrompu par mes voisins ou les arrêts brutaux du chauffeur. Il faut dire que je suis dans un état patraque ; je ne sais pas si c’est l’eau de la rivière, ou les baozi à la tsampa, mais je suis complètement malade. Apparemment, mon âme est trop impure pour que les vertus curatrices de l’eau sacrée du dragon ne fassent effet sur moi… Bref, j’ai un sale mal de ventre, une migraine qui me scie le crâne en deux, et je dois avoir un peu de fièvre car mon front est brulant. Du coup, une fois le bus arrivé, j’avoue que je suis un poids mort et laisse les autres s’occuper de tout. En effet,dès qu'on est à Xichang, ville de lancement nucléaire, on se rend à l’évidence, on va devoir y passer une nuit, si ce n’est deux puisqu'on vient de rater le dernier bus pour Kunming.

Le poids mort dans le taxi que je suis, fait malgré lui la gueule. Les deux autres ont bien compris que je n’étais vraiment pas bien, et sont vraiment réglos. La ville est complètement moche, le chauffeur ne m’inspire pas, et je broie du noir dans mon coin. Après une demi-heure de taxi (« une demi-heure, il nous arnaque ou quoi ? »), il monte dans les hauteurs, et nous dépose devant l’hôtel que les deux avaient repéré. Et là, j’avoue que je peux y mettre toute la mauvaise foi du monde, l’endroit est vraiment magnifique. Du coup, ça me change un peu les idées, et j’observe ce qui m’entoure.

Nous sommes en quelque sorte sortis de la ville, voire carrément dans un petit village voisin. L’hôtel, posé sur une colline est très coquet : tout en couleurs, il est simple et semble accueillant. Le soleil brille, et notre dortoir fait face à un grand lac aussi bleu que le ciel. On se croirait en Italie, voire carrément sur Naboo.

Je m’affale littéralement sur mon lit et n’en bouge plus. Alors que les deux autres se mettent en quête d’un dîner, je reste seul dans le dortoir. J’ai de la chance, il n’y a personne d’autre que nous trois. Je lis quelques pages de mon livre, et ne fait pas long feu.

 

Ils ne font aucun bruit en rentrant le soir, mais par contre, je les entends se lever le lendemain matin. Je fais semblant de dormir histoire qu’ils ne me dérangent pas. Je vais un peu mieux, mais ce n’est toujours pas la joie. Ils me réveillent lorsqu’ils rentrent vers midi. Ils sont vraiment adorables : ils sont allés à la gare pour se renseigner sur les trains, et m’ont rapporté de l’eau, des médicaments et des biscuits. Je laisse les biscuits (j’ai plus envie d’évacuer que d’emmagasiner) et les remercie avec gratitude en avalant mes médicaments pendant qu’ils me briefent. Apparemment, le nombre de bus circulant est extrêmement réduit, et il n’y en a même plus pour Kunming. Ah… Du coup, le plan de rechange qu’on a trouvé (qu’ils ont trouvé), c’est de passer par une ville intermédiaire (Panzhihua), d’où on aura à coup sûr un bus pour Kunming. Ça sonne plutôt bien, mais j’ai appris à me méfier de l’assurance des chinois, notamment en période de Nouvel An.

Bref, tout ça m’a ragaillardi, et il fait un beau soleil, du coup, je décide de sortir le bout de mon nez dehors. Il n’y a pas, cet endroit est vraiment très sympa. Rien de grandiose comme ça a pu être le cas auparavant, mais esthétiquement très joli. Les deux aventuriers sont motivés pour aller l’explorer à vélo. Je me sens beaucoup mieux et je commence à en avoir marre de rester enfermé, donc j’accepte avec plaisir. On loue trois vélos à l’hôtel, et nous voilà partis.

On n’a pas fait cent mètres que je me rends compte à quel point on est dans un coin pommé : ici les gens ne se regardent pas d’un air complice en nous montrant discrètement d’un signe de tête à leurs amis, ils sont plutôt du genre à nous pointer carrément du doigt en hurlant « 老外 » (laowai : étranger). Ils sont plutôt contents de nous voir (Erik m’a raconté qu’un enfant lui avait lancé des cailloux en hurlant, quand il l’avait vu, dans le Qinghai), et nous font des grands sourires, mais on a un peu l’impression d’être des bêtes de foire, comme dirait l'autre.

Bref, on pédale allégrement, direction le lac. L’objectif, c’est de faire une petite balade autour en le longeant. Pour l’atteindre, Fred n’y va pas par quatre chemins, et coupe carrément à travers champs. C’est assez tendu car la piste qui sépare les cultures est un peu en hauteur, et surtout extrêmement mince, ce qui fait qu’on manque à chaque fois de s’étaler dans les récoltes. En attendant, on se marre bien, surtout quand Fred fait le malin… avant de s’écrouler avec son vélo dans le colza. On est presque arrivés sur le lac, mais on se rend compte qu’encore une fois, il y a des paramètres qu’on a oublié de prendre en compte : on s’attendait, à une espèce de digue bétonnée sur laquelle on aurait pu rouler et faire le tour du lac. Le problème c’est que les champs finissent… dans le lac, ce qui fait qu’on patauge dans une sorte de marécage boueux. Vraiment pas une bonne idée tout ça.

Bredouilles, on fait demi-tour. C’est là qu’on entend un bruit qui n’est pas pour nous rassurer : un aboiement menaçant. Ouuups. On se retourne simultanément et on voit un gros chien noir à environ trois cent mètres qui nous regarde en aboyant d’un air pas franchement amical. On a compris le message, et on décampe sur le champ (!), mais apparemment pas assez vite à son gout, car il se met carrément à courir. Là on a vraiment très peur. On enfourche nos vélos et on pédale aussi vite que les conditions nous le permettent sur la petite digue de terre. Ça passe pour Fred et moi qui regagnons la route goudronnée, c’est un peu plus difficile pour Erik qui s’écroule dans le champ et met quelque temps à se remettre en selle. On suit la scène angoissée de loin : le chien est encore assez loin, mais il va bien plus vite qu’Erik. Alors que je me demande comment je réagirais s’il se faisait rattraper, ce dernier finit par sortir à moitié en courant, à moitié en roulant du champ. Le chien est à moins de cinquante mètres derrière nous, mais le temps que nous prenions de la vitesse sur la route goudronnée, il s’en faut vraiment de peu.

Après ces aventures, on boit tous une grosse gorgée d’eau, et poursuivons calmement vers les villages voisins en admirant le paysage. Encore une fois rien d’extravagant : les signes rouges porte-bonheur sur les portes, les paysans qui travaillent dans les champs ; mais ces petits villages de campagne ont un charme certain. On finit par atterrir au bout de la route : devant nous, ce n’est que le lit d’une rivière asséchée, où le sol est constitué de grosses pierres, une sorte de gravier géant. On hésite un quart de seconde avant de foncer la tête la première : ce sont des VTT, mais ça tremble un maximum dans la descente cahotante.

On remonte le cours d’eau asséché avant d’atteindre un endroit où l’eau réapparait. Pas grand-chose, une bonne trentaine de centimètres de profondeur, mais encore une fois, on n’hésite pas. Cette fois, c’est Fred qui semble en difficulté, et Erik et moi ne manquons pas de le charrier en attendant qu’il tombe dans l’eau (comme on l’a fait Fred et moi après qu’Erik ait réchappé du chien). On continue un peu, mais Fred ne se sent pas bien non plus, aussi décide-t-il de rentrer à l’hôtel. Je suis resté dans mon lit toute la journée d’hier, j’aimerais bien voir un peu la ville, et Erik est motivé pour continuer. Aussi, on ré-enfourche nos montures et reprenons la route avec allégresse.

On roule comme ça pendant une heure avant de croiser une route en terre battue qui monte assez brusquement sur la droite. On lève les yeux et semblons reconnaitre une espèce d’usine. On se concerte un instant du regard avant de commencer la montée. Celle-ci est assez épuisante, mais nous finissons par arriver après un quart d’heure à peiner. On regarde autour de nous : quelques centaines de briques alignées, un four qui fume encore, mais pas âme qui vive. On fait une petite pause avant de décider de rentrer à l’hôtel. J’entame la descente le premier. Je n’ai pas arrêté de penser à cette descente lors de la montée, donc je la dévale avec un certain plaisir. Alors que je suis à pleine vitesse, je vois une petite butte qui se rapproche dangereusement. Je freine doucement avec la roue arrière, avant de me rendre compte que le frein de marche pas. Je suis carrément à la butte, du coup, sans réfléchir, je presse de toutes mes forces le frein avant… J’ai toujours été nul en physique, mais la réaction logique qui s’en suit est que la roue avant s’arrête, mais le vélo est toujours à pleine vitesse. Résultat, je passe au-dessus du guidon, et fait un salto avant de m’étaler par terre. J’ai eu une demie seconde pour me protéger et mettre mes mains en avant, mais l’atterrissage est assez dur car je sens tout mon côté droit extrêmement douloureux. Selon l’ordre des choses, Erik était censé se marrer, car c’est à mon tour qu’arrive une galère avec ces vélos, mais il me rattrape inquiet et vérifie mon état. J’étais en short clair et en T-Shirt blanc, mais je suis maintenant -peau et vêtements- d’une même couleur ocre sombre à cause de la terre battue. Je me relève douloureusement et vérifie mon côté droit. La jambe semble ok, juste quelques égratignures qui saignent, même chose pour le coude, par contre, la hanche et le poignet sont extrêmement difficiles à bouger. Génial, il manquait ça. 

Alors qu’on rentre, j’ai l’impression que la hanche est juste un peu endolorie, mais ce qui me préoccupe, c’est mon poignet droit qui bringuebale sans vie sur mon guidon. Le laowai a changé de couleur, ce qui semble ravir les chinois qui me pointent allégrement du doigt en riant. On s’arrête quelques secondes acheter des pétards (le Nouvel An est pour le lendemain), et on regagne l’hôtel devant un Fred hilare qui pouffe en me voyant arriver.

Je prends ma douche, fais ma lessive, et me rends compte que mon poignet risque de poser un sérieux problème. Lorsque je rentre dans la chambre, les deux autres, affamés, sont prêt à partir dîner. Ma douleur de la veille est complètement oubliée, aussi je les rejoins avec joie, car je n’ai pas mangé depuis deux jours. Ils m’emmènent dans le barbecue où ils ont mangé la veille. Là, on joue aux cartes en discutant, et ils m’annoncent que lorsqu’ils sont sortis le matin, ils ont croisé le patron de l’hôtel qui les a prévenu qu’il faisait une petite fête avec tous les clients, et qu’il serait content de nous compter parmi ses invités.

Il est neuf heures passées, et il fait noir depuis longtemps, aussi on semble avoir raté l’échéance. On a prévu de se regarder un film, et Fred remonte à la réception pour aller acheter une bouteille d’eau. Il revient en nous disant que la fête bat son plein, et qu’on est toujours les bienvenus. On ne s’y attendait pas, mais le rejoignons avec enthousiasme - ou plutôt Erik le rejoint, puis moi, dix minutes plus tard (essayez de faire vos lacets avec une main, vous verrez).

Lorsque j’arrive, je comprends que tout le monde est complètement saoul. C’est un bon début. En tout, on doit bien être une douzaine de personnes. Après avoir accepté toutes leurs offrandes : nourriture, alcool, cigarettes, on discute un peu. Il s’agit d’une grande famille qui vient de Chengdu. Je vous passe les détails, mais, malgré le monde qui sépare ces chinois de ces européens, on sympathise vraiment beaucoup. On parle à la fois chinois et anglais, les jeunes faisant la traduction aux vieux, et Erik et moi à Fred. On s’échange adresses, emails, numéro de téléphone, la totale. On est formellement invités à venir chez eux si jamais on passe sur Chengdu, on en apprend sur eux, sur la Chine, sur la famille, bref, c’est vraiment génial quoi.

On rentre dans notre chambre vers 23 heures avec des étoiles dans les yeux et des souvenirs dans le cœur, et sommes tellement excités que nous n’avons aucune envie de dormir. On se regarde donc notre film comme prévu (Moonrise Kingdom, si vous voulez tout savoir), avant d’être interrompu par un toc-toc à notre porte. On fait pause, pour voir si on a bien entendu, et, oui, car le gars de la réception (pas le patron, mais un jeune qui doit avoir notre âge) ouvre la porte. On se demande un peu ce qui se passe. Situation un peu bizarre : on est chacun dans notre lit et la lumière est éteinte. On lui demande : « Is everything all right ? », et il nous répond « I came here to chat ». S’ensuit un long silence gêné. « Sure, what do you wanna talk about ? ». Il se rend bien compte qu’il y a quelque chose de bizarre dans cette situation et prend rapidement congé. Nous, on est trop flemmard pour insister et le retenir, car on ne désire qu’une chose, c’est de finir notre film et de sombrer sous la couette. Occidentaux ingrats…

 

La nuit est horrible : je réussis à m’endormir jusqu’à environ deux heures du matin, où je me réveille en sursaut. En effet, ma main me fait souffrir le martyre, et je ne sais pas quoi en faire, ni dans quel sens la poser, sans compter que mon mal de ventre semble s'être décuplé. Bref, c’est une horreur, et, alors que je commence à m’endormir vers six heures du matin, les pétards commencent à retentir aux alentours de l’hôtel. Si je n’étais pas aussi mal en point, je me lèverais et irai dire aux gosses comment je m’appelle, mais vu mon état, ils auraient très certainement le dessus.

Commence alors une journée vraiment pas marrante. Elle se résume globalement à l’aller-retour entre ma chambre et les toilettes. Pour vous donner une petite idée, les toilettes sont communes à tout le pavillon qui compte environ une demi-douzaine de chambres en plus des dortoirs. Et petit détail aussi : les toilettes sont dans la salle de bain. Je vois déjà que vous vous imaginez une petite salle de bain à l’occidentale, mais quand je dis ça, c’est à prendre au sens chinois du terme. En effet, la salle de bain se résume à un sol en carrelage, un pommeau de douche au-dessous duquel se trouve un trou : les toilettes. Tout de suite, c’est déjà beaucoup plus marrant, surtout si on ajoute encore un détail pittoresque : le hall du pavillon est séparé de la salle de bain, non pas par une porte ou un mur, mais par un fin rideau de douche. Donc niveau intimité quand on doit aller aux toilettes toutes les dix minutes avec une diarrhée carabinée… il y a mieux. Ce voyage, c’est les paysages incroyables, et les ambiances inoubliables, mais c’est aussi ça. Bon, je vous passe les détails : je reste dans cette situation peu enviable jusqu’à dix-neuf heures où les autres reviennent tous joyeux. Le propriétaire de l’hôtel fête le Nouvel An ce soir avec quelques clients, et nous a invité, encore une fois.

Je n’ai rien mangé, ma main me fait atrocement mal, et je n’ai aucune envie d’y aller, mais j’avoue que je ne voudrais louper pour rien au monde un vrai Nouvel An Chinois, avec des chinois. Je fais donc contre mauvaise fortune bon cœur, vais me débarbouiller, et enfile avec peine mes chaussures. Lorsqu’on arrive, le patron -un gars très charismatique avec un stetson- nous accueille et nous indique la cuisine, où une jeune fille et une femme nous préparent des raviolis. Je n’ai aucune envie d’avaler quoique ce soit, mais refuser serait vraiment impoli. D’un autre côté, je me dis que je n’ai pas mangé depuis vingt-quatre heures, et que  je vais surement devoir boire ce soir. Alors autant tapisser mon estomac avec quelque chose de concret avant de le noyer dans le baijiu…

J’avale trois raviolis avec un sourire forcé, puis nous suivons le patron qui nous amène dans la salle à manger. Tout comme hier soir, la table, énorme, croule sous les plats et les bouteilles : bière, baijiu, brochettes, légumes, beignets, viandes, poissons, baozi, mantou,  riz, nouilles, à peu près toutes les choses imaginables, sans oublier amandes, pistaches, graines de tournesols, fèves et, bien sûr, des cacahuètes. Bref, ça fait un peu Festin de Babeth, mais ça ne plait pas des masses à mon estomac.

Sont attablés une douzaine de convives, déjà bien arrosés. On commence à discuter avec eux, et on apprend que ce sont en fait deux frères, leurs femmes et enfants, ainsi que des cousins, plus quelques clients épars. Notre arrivée est chaleureusement saluée, et, on n’a même pas encore le temps de s’assoir que l’on nous tend des cigarettes et trois verres pleins de baijiu. Vous savez, cette mixture infâme qui fait plus de cinquante degrés ? Fred et Erik les vident d’un trait et me regardent avec un sourire cruel. Pas le temps pour les regrets, le liquide va rejoindre les raviolis dans mon ventre. Sauf qu’on est déjà resservis. Ah… à ce rythme-là, ça va vraiment constituer un problème. Les cigarettes finissent derrière mon oreille et, dès qu’on m’en offre une nouvelle, je la refile à Fred et Erik, mais même eux ne tiennent pas le rythme non plus. Tout le monde est vraiment adorable avec nous, et nous servent toutes les trois minutes. Déjà que je ne fume pas leur cigarettes, je n’ai pas envie d’être plus impoli… et vide verre après verre.

Le patron ramène sa guitare qu’il accorde, et relie à un micro. Il commence à fredonner tout en grattant son instrument. Immédiatement, tous les chinois reprennent avec lui, et le voilà tous à chanter à gorge déployée. Ils finissent sur une note qu’ils poussent un peu plus longtemps, puis applaudissent… avant de vider leur verre. Bien entendu, ils nous passent la guitare. On a de la chance, Fred semble en avoir déjà fait, et en tire quelques accords. Les autres –qui trouvent qu’il ressemble à James Bond (Pierce Brosnan)- applaudissent, et lui demandent de chanter une chanson suédoise. Un peu intimidé, il se concerte avec Erik, puis les deux suédois entament avec entrain, une chanson du pays. Ils sont excellents, déjà complètement bourrés, ils ressemblent à deux marins vikings qui leur verre en chantant. Ils y mettent tout leur cœur et leur grosse voix rauque, et, pendant un instant, un petit air suédois imprègne l’atmosphère de la pièce. Ils finissent presque en hurlant, et vident leurs verres sous un tonnerre d’applaudissement.

Un des deux frères, empoigne la guitare, et chante à nouveau une chanson reprise par la foule, avant de me la tendre : voilà mon tour. Bien entendu, je ne sais pas en jouer, mais je me démerde pour trouver sur Internet les notes de Gare au Gorille, de Brassens que je montre à Fred. Celui-ci me fait un signe de tête : à priori, ça devrait aller pour lui. Il se met donc à jouer l’air, et je commence à chanter. Les chinois me regardent avec de grands yeux ébahis, et n’y comprennent absolument rien, mais ça a l’air de leur plaire : dès le deuxième refrain, les deux frères me suivent et le reprennent avec moi, quant au dernier, tout le monde le reprend en chœur, si bien que ça dévie un peu de sa version originale. Pour vous donner une idée, ça donne un truc du genre : « Galo geli yi yi yi yeu ! ». Fou rire général après la note finale et bien entendu, tout le monde trinque de concert.

Chaque invité est amené à chanter une chanson de sa province, ce qui fait qu’on a un bel aperçu de la musique chinoise. La prestation la plus bizarre revient sans conteste à un homme qui vient de Mongolie Intérieure (une province chinoise du Nord). Il n’a pas décroché un mot de toute la soirée, mais se plie au jeu. Il laisse de côté la guitare, et commence à entamer une mélopée grave et profonde. Il a une voix rauque et gutturale, et ça n’a rien d’une chanson, mais je ne peux m’empêcher d’avoir la chair de poule. Sérieux, c’était quelque chose de vraiment très bizarre, et, en jetant un coup d’œil aux autres invités, je vois que je ne suis pas le seul à percevoir cet effet. Il s’arrête tout net, aussi brusquement qu’il avait commencé. Une demi-seconde de silence, rompue par un des cousins qui lève son verre et trinque. Il est excellent et me fait penser à Martin : il n’arrête pas de faire le con, et de hurler WHAT THE FUCK (à peu près les seuls mots d’anglais qu’il connaisse) provoquant l’hilarité générale.

Une des filles commence à me parler d’un film français qu’elle a vu. Elle essaie de m’expliquer, mais je n’arrive pas à comprendre de quoi elle me parle. Je jette un regard interrogateur à Erik qui semble aussi perdu que moi. Elle abandonne et finit par chercher sur son portable qu’elle me tend. Et là, la grosse blague : je vois "La Grande Vadrouille", avec une photo de De Funès et Bourvil. Ça me rappelle la fois où je venais de rentrer de France après Noël. On était le 31 décembre au soir, et j’étais dans un taxi pour me rendre à une soirée. La radio allait, mais je n’écoutais qu’à moitié, et tout d’un coup j’entends un air qui me dit quelque chose. Puis j’entends chanter « Tea for Two » en chinois, c’était trop drôle.

Ce qui est un peu moins drôle par contre, c’est cette soirée. Voire un véritable calvaire. Des mains alcoolisées ont renversé les assiettes de cacahuètes sur la table, ce qui fait que je dois constamment faire attention. En plus de ça, tout le monde n’arrête pas de me dire « You are my friend » et veut me serrer la main, ce qui est aussi un problème, car, non seulement, leurs mains sont pleines de cacahuètes, mais, en plus de ça ils me détruisent le poignet à chaque fois. Dans le même registre, essayez d’applaudir après chaque chanson sans utiliser votre poignet, vous verrez comme c’est facile. En outre, on me force purement et simplement à manger et à boire. J’ai beau leur dire que je ne suis vraiment pas bien, que je suis malade,  ou quoique ce soit d’autres, ils acquiescent avec un sourire, et me tendent le verre de plus belle. Bien entendu, mon estomac est dans un état catastrophique, sans parler de mes intestins, et j’avoue que j’appréhende la nuit. J’essaie de trouver une tactique : puisque tout le monde semble complètement ivre mort, à chaque fois que l’on trinque, je lève mon verre et ne fait qu’y tremper mes lèvres. Ça semble marcher pendant un petit moment, mais un des cousins ne se laisse pas abuser. « En Chine, quand on boit, on boit » ! Oui chef.

Fred qui entend ça, montre qu’il a appris un mot en chinois et lance un puissant « Kanbei » (qui littéralement veut dire cul sec). Un des deux frères l’entend et, immédiatement, lui rétorque qu’on ne prononce pas « Kanbei », mais « Ganbei ». « 砍杯是在小日本说的 » ou en français : Kanbei, c’est au « petit Japon » que l’on dit ça. Immédiatement, Erik et moi on les lance là-dessus : vous n’aimez pas le Japon ? La réponse est sans équivoque : « 小日本,不行» : Petit Japon, non ! Au moins, c’est clair.

On discute un peu avec les deux frères, et on se rend compte qu’ils font en fait partie des militaires en poste à Lhassa (capitale tibétaine) pour assurer la paix sociale, ou mater toute résistance tibétaine selon les points de vue. D’ailleurs, l’un d’entre eux ne me rate pas : quand il sait que je suis français, il me parle de Sarkozy et de sa rencontre avec le dalaï-lama il y a environ cinq ans. Alors qu’il me dit que cette rencontre a été très mal vue en Chine, son frère derrière lui, mime carrément le dalaï-lama, la corde au cou, en train de se faire étrangler. Plutôt glaçant de voir ces gens si amicaux, chaleureux et généreux avec nous, se révéler être les « tortionnaires » décriés en Occident. Le premier frère me demande sincèrement, presque gentiment : "mais... pourquoi vous supportez le dalai-lama ?". Et sur le coup, j’avoue que je suis incapable de répondre. En effet, pour eux, ce n’est qu’un chef de mouvement terroriste indépendantiste, une espèce de Carlos chinois. Et là, j’avoue que je ne peux pas m’empêcher de me demander : Mais qu’est-ce que vient faire la France dans cette question ? Pourquoi vient-elle donner son avis, voire s’ingérer dans la politique intérieure d’un pays souverain comme la Chine ? Pour qui on se prend, sérieusement ? Parce que c’est bien beau de se proclamer le pays des droits de l’homme, mais du point de vue chinois, c’est sûr que la donne change diamétralement. Aaah, politique internationale, quand tu nous tiens…

Un des enfants me montre des pétards qu’il a acheté, et j’en profite pour m’éclipser, et le rejoindre dehors. Cette petite pause hors des vapeurs de la cigarette et du baijiu me fait le plus grand bien. Les autres s’amènent et tout le monde commence à claquer des pétards dans la joie et la bonne humeur, ponctués par les WHAT THE FUCK de Martin, et les éclats de rire. Au niveau santé, je suis dans un état catastrophique (je dois avoir bu pas loin d’un litre de baijiu), mais en dehors de cela, je passe une soirée inoubliable.

Puis vient le temps des adieux, où on se serre les uns les autres comme si on se connaissait depuis des années. Après s’être échangé nos numéros et embrassés chaleureusement, on se dit au revoir, et on regagne notre chambre. Après une pause à la salle de bains pour faire le point sur l’étendue des dégats, je regagne mon lit et essaie de trouver le sommeil. Il est passé minuit, et les bruits des pétards sont ininterrompus, ce qui fait qu’on grogne tous les trois sans réussir à trouver le sommeil. La dernière chose que j’entends avant de sombrer c’est Fred qui peste « This is fucking Fallujah here » après une explosion particulièrement bruyante.  

 

 

PS : Je suis désolé pour mes souvenirs qui s’étiolent de plus en plus, ainsi que pour les photos qui sont de moins en moins nombreuses et de piètre qualité. En effet, c’est Sara qui prenait quasiment tous les clichés, ce qui fait qu’on a un clair manque. Ça continuera comme ça pour les deux prochains chapitres, mais elle nous rejoint après ça, donc ça devrait aller mieux :)

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samedi 18 mai 2013

Chapitre 7 : Kangding, l’escapade tibétaine (6-7 février).

Chapitre 7 : Kangding, l’escapade tibétaine (6-7 février).

 

Il s’est fait un peu désirer, mais voilà enfin l’épisode suivant. Comme la césure a été assez longue, je vous rappelle très brièvement où on en est. Nous sommes le 6 février et depuis deux semaines, nous sommes dans la région du Sichuan. Nous en avons visité la capitale, Chengdu, qui nous sert en quelque sorte de base pour lancer nos expéditions. Celles-ci nous ont menés au Nord (parc naturel de Jiuzhaigou), au Sud (Mont Emei) et à l’Est de la province (Bouddha géant de Leshan). Aussi, nous avons décidé de mettre le cap vers l’Ouest du Sichuan, qui est intéressant, notamment parce qu’on entre dans la « région tibétaine ». Le sujet étant extrêmement sensible politiquement, il est l’objet de différentes définitions. Retenez simplement que le Tibet où on l’entend le plus souvent est celui défini par Pékin comme la « province autonome du Tibet » qui a en fait une autonomie très relative, vis-à-vis du pouvoir central. Pour autant, au sens historique, voire ethnique, le Tibet excède largement cette province administrative et déborde sur d’autres régions notamment le sud du Qinghai, le Nord du Yunnan, ainsi que bien sur l’Ouest du Sichuan, c’est-à-dire là où nous nous rendons.

 

Je vous rappelle que Sara vient de remonter à Pékin pour accueillir un de ses amis, ce qui fait qu’il ne reste que Fred, Erik et moi. Les trois larrons se lèvent à l’aube, et, à moitié endormis se fourrent dans un taxi les amenant à la gare routière. A peine entré dans le bus, je m’écroule et fait un somme de quelques heures. Lorsque je me réveille, le bus roule allègrement vers des montagnes qui se dessinent au loin. Les Suédois se sont mis à deux. De mon côté, je jette un coup d’œil à ma voisine avant d’ouvrir de grands yeux : je pense que ça doit être une espèce de nonne tibétaine car elle habillée de façon très sobre (mais très élégante) et porte un chapeau incroyable que je ne me lasse pas d’observer pendant une bonne demi-heure. Le bus fait une brève halte, le temps de prendre l’air et de manger des nouilles en boite (qui deviennent de plus en plus lassantes) sur le bord de la route avant de remonter. On dirait bien que je commence à m’habituer aux voyages en bus car, même si je suis tout seul dans mon coin, le temps passe relativement vite, et le paysage se transforme pas mal. Plus sec, plus froid, plus montagneux, et plus désert aussi.

Il est environ 17 heures lorsque nous arrivons à Kanding, chef-lieu de la province tibétaine autonome de Garzê. Comme d’habitude, le bus nous lâche au milieu de nulle part et c’est à nous de nous démerder pour trouver un endroit où dormir. Nous voilà donc tous les trois, avec nos énormes sacs à la découverte de cette ville. Elle est cernée par d’immenses montagnes et se situe dans une vallée creusée par la rivière qui les traverse. Le climat est assez froid surtout qu’à cette heure-ci, la montagne est si haute qu’elle a déjà caché le soleil. Nous longeons donc la rivière et marchons vers le « centre-ville », c’est-à-dire le lieu où trouver âme qui vive. On passe par un petit marché où une tête de yack fraichement coupée voire carrément encore dégoulinante nous regarde d’un air vide. La première chose que l’on remarque, c’est que la ville est sale : les villes chinoises ne sont globalement pas franchement propres, mais on sent néanmoins que des gens s’efforcent de les entretenir. Ici, c’est peut être le cas aussi, mais de façon beaucoup plus irrégulière on dirait. On traverse la rivière sur un pont sculpté dans ce qui ressemble à du marbre blanc (j’en doute quand même un peu), puis machons vers le nord. Des drapeaux de prières de toutes les couleurs qui flottent un peu partout, un vieux chinois qui amuse les autres à effrayer un poulet en lui courant après, les visages presque cuivrés des habitants, les montagnes qui nous cernent de toutes parts, la ville a un charisme indéniable. D’après le guide, il est censé y avoir une auberge de jeunesse dans les hauteurs. On commence à fatiguer avec nos sacs, mais on ne se décourage pas et entamons l’ascension. Après une demi-heure, on finit par arriver devant ledit hôtel, où l’on est accueilli par une note sur la porte : en raison du Nouvel-An chinois, l’auberge est fermée. Les seules personnes présentes dans le coin sont en tout et pour tout un chien qui nous regarde en grongnant de façon menaçante, il va faire noir d’ici vingt minutes… génial. On a vraiment de la chance car, après un quart d’heure, on finit par dénicher un hôtel minuscule dans un recoin perdu.

Le patron est un tibétain charismatique qui me fait penser à Sentenza dans Le Bon, la Brute et le Truand, de Sergio Leone. Rien ne manque, pas même le chapeau. Il nous accueille extrêmement chaleureusement avec un thé au beurre de yack, et parle même un chinois que l’on peut comprendre (car dans ce coin, la plupart des gens parlent un dialecte tibétain). Du coup, on peut discuter un peu avec lui, et, quand on lui dit qu’on a prévu de partir le surlendemain pour Litang, il nous annonce qu’en raison du Nouvel An, on ne trouvera pas de bus. Bon ok, ce n’est pas grave, on lui dit qu’on peut prendre celui du lendemain ou du jour d’après, mais il nous annonce tout net qu’il n’y aura pas de bus avant une semaine, voire deux. Voilà qui peut poser problème… On discute un peu, et on se rend compte qu’on a complètement sous-estimé l’impact du Nouvel An, ou plutôt qu’on a surestimé les services chinois. En effet, d’après Sentenza, on risque fort de se retrouver coincés à Kanding pour une dizaine de jours. C’est chiant pour Erik et moi, ça l’est encore plus pour Fred qui doit être à Kunming une semaine plus tard, pour prendre un avion pour le Népal. Sentenza est adorable avec nous : alors que sa femme est en train de jouer à Bubble Shooter sur son ordi derrière, il étudie avec nous toutes les possibilités pour nous sortir d’ici. Après avoir discuté un petit moment, notre plan est le suivant : demain matin, on va à la première heure à la gare pour acheter des billets pour le lendemain. Si on réussit à les avoir (ce qui est loin d’être gagné), on prendrait un bus qui nous mènerait vers Xichang, une ville à la frontière entre le Sichuan et le Yunnan d’où on pourrait avoir un bus pour Kunming. On ne pourrait pas faire Litang, mais au moins, on arriverait dans les temps à Kunming.

Bref, la situation est beaucoup plus tendue que ce qu’on avait pu s’imaginer, mais avec tout ça, on n’a pas encore mangé nous. On se met donc en quête de nourriture, ce qui se révèle aussi être une épreuve inattendue. En effet, la ville semble complètement morte. Tous les magasins, restaurants, établissements sont fermés, non pas à cause de l’heure, mais encore une fois à cause de ce fichu Nouvel An. Nous, qui nous faisions une joie de gouter à la cuisine tibétaine, faisons triste mine. On descend une rue qui semble un peu « animée » : quelques lumières brillent en effet par ci par là. On passe notre tête dans les petites échoppes qui sont toutes sales et misérables, mais la palme d’or revient quand même à la lumière la plus brillante de la rue : surprise en entrant, c’est un équarrisseur et sa femme au milieu d’un amas de viande posée un peu partout. On sent qu’ici on va devoir faire abstraction de tout sens de l’hygiène car ça ne semble pas être la préoccupation principale, celle-ci étant de trouver à manger. On arrive vers la fin de la rue, mais Fred, resté en arrière nous fait signe qu’il a trouvé quelque chose. Il se tient devant une minuscule batisse, bien trop petite pour être un restaurant. Alors qu’on lui fait remarquer, il soulève le rideau épais qui sert de porte, et nous fait signe d’entrer une seconde plus tard. Je caractériserais plus le lieu comme un "endroit où on peut trouver de la nourriture" que comme un restaurant, mais nous sommes trop affamés pour chipoter. La pièce doit faire en tout et pour tout une vingtaine de mètres carrés, et la « cuisine » en occupe la moitié. Les murs sont en carton et le sol en terre battue ; des sachets, des serviettes et de la nourriture sont posés un peu partout, ce qui fait que l’on distingue assez mal la différence entre le restaurant et la cuisine. Pas de menu, non : une femme nous crie depuis la cuisine : « Yack ? ». « Yack ! ». Ainsi soit-il, et puis on est assez curieux de voir ce que ça va donner. Si vous aviez vu la tête d’Erik et de Fred (sans parler de la mienne) quand elle a amené les « plats », c’était assez drôle. En effet, le « yack » se révèle être une soupe, ainsi que quelques baozi. Erik goute un baozi avant de faire la grimace. D’après lui, ça semble être du yack, mais c’est tout à fait immonde. De mon côté, je trempe une baguette hésitante dans mon bol, puis je guette avec appréhension ce que me ramène ma pêche. Une feuille de choux d’une couleur assez translucide, jusque-là ça va, puis arrive la surprise. Je vois Fred articuler le mot « spine » (colonne vertébrale) d’un air interrogatif. Vu la forme de l’os que j’ai entre les baguettes, il y a en effet de fortes chances. Aussitôt je vois l’air horrifié des deux, et on commence à se marrer. Notre fou rire est interrompu par deux filles qui rentrent. Elles ont de la chance, le restaurant compte deux tables. Erik, qui n’a pas l’habitude de faire ça, commence à flasher sur l’une d’elle, et je dois admettre qu’elle est jolie. Tibétaine, elle n’a physiquement rien d’une chinoise : une peau cuivrée, des pommettes saillantes, et des yeux qui lui donnent quelque chose d’animal. Je ne touche pas aux baozi, mais je me vois mal laisser mon bol plein, alors j’essaie de boire un peu de soupe, histoire de ne pas donner une trop mauvaise image des rares occidentaux qui se sont aventurés ici. Fred et Erik ne partagent pas mes scrupules et lèvent le camp en laissant une soupe intacte.

On sort donc dans la rue, où il fait un froid glacial, toujours le ventre vide. On tourne un peu, Erik me fait signe et me montre ma voisine de bus au « kick-ass hat » qui est en effet assise au coin d’une rue, et nous fait un grand sourire lorsqu’elle nous aperçoit. J’ai honte de le dire, mais, nous qui nous faisions une joie de découvrir la cuisine tibétaine finissons à Dico’s, l’équivalent du Macdo chinois. Et j’ai encore plus honte de le dire, mais les frites et le coca sont bien meilleurs que la soupe à la colonne vertébrale.

On regagne notre auberge et nous couchons immédiatement : on se lève très tôt le lendemain pour essayer d’avoir des billets.

 

Le lever à six heures est extrêmement difficile car il fait un froid glacial. Pour autant, pas le temps de chipoter, ce serait bête de rester coincé dans ce coin pommé une semaine pour ne pas s’être levé. On prend donc un taxi pour la gare routière, où, après s’être fait doublé par une demi-douzaine de chinois, on arrive plus ou moins à obtenir des tickets pour Xichang. C’était compliqué, mais on sert avec frénésie nos précieux tickets dans nos mains.

Après avoir attrapé un ou deux baozi (comestibles ceux-là), on prend un taxi pour revenir dans le centre (il y a 800 mètres, mais bon, ils ne sont vraiment pas chers). Le chauffeur est trop drôle : de derrière, je vois qu’il nous lance des coups d’œil dans son rétroviseur. Quand il s’arrête au feu (oui, il doit y en avoir un ou deux dans la ville), il tourne carrément la tête vers Erik, assis à côté de lui, et se met à le fixer. S'en suit un silence un peu embarrassé, qu’il rompt une minute plus tard : 帅哥 ! 帅哥 ! (shuaige : beau gosse).  Du coup, on se marre tous sauf Fred qui ne parle pas chinois. On profite du fait d’être tôt debout pour partir à la découverte de la ville. Celle-ci est finalement assez petite, mais comprend un imposant temple tibétain. Celui-ci est bien gardé par plusieurs policiers. Ah oui, une autre chose qui m’a marqué, c’est le nombre assez incroyable de policiers dans cette ville. Elle doit compter une centaine de milliers d’habitants, ce qui n’est rien du tout pour une ville chinoise, mais plusieurs postes de police sont installés aux endroits stratégiques, et les voitures de police sont aussi nombreuses que les taxis. On semble comprendre que Pékin déploie les grands moyens pour éviter tout soulèvement. Aussi, le temple est l’objet de toutes les attentions, car les moines « fanatiques » sont bien souvent l’étincelle qui met le feu aux poudres (cf le nombre d’immolations de moines tibétains depuis 2009 qui a dépassé la centaine, la majorité dans l’Ouest du Sichuan, c’est-à-dire, ici même). Bref, nous rentrons dans le temple où les moines, drapés de robes d’un rouge carmin nous accueillent avec un grand sourire. Après avoir passé une sorte de hall, nous nous retrouvons dans une cour en plein air, au beau milieu du temple. Et là, difficile de ne pas être frappé par la magie du lieu :

A droite, et à gauche : un mur, blanc, agrémenté de fenêtres. Celles-ci sont à elles seules un ravissement pour les yeux. Au premier coup d’œil, elles ont l’air toutes simples, mais sont en fait bien plus stylisées qu’elles n’y paraissent. En effet, outre le travail sur les couleurs qui mélange savamment le noir, le blanc et l’orange, des formes géométriques s’entremêlent avec harmonie : carrés, rectangles, ronds et triangles se croisent  et s’entrecroisent  avec légèreté. Le temple s’étend sur deux étages, et, au-dessus des fenêtres, le blanc cède la place au rouge et à l’or qui agrémentent chaque balcon. Des arches sculptées et gravées relient chaque pilier donnant à l’ensemble un aspect équilibré.

En face de nous, le temple à proprement parler nous fait face.

Il est gardé par quatre imposants lions de pierre qui, à la différence des statues traditionnelles (chinoises) de ce genre, sont peintes et bien plus stylisées. Au-dessus des lions sont déployées de larges pièces de tissu blanc qui flottent au vent. Des symboles traditionnels tibétains y sont peints symétriquement ce qui contribuent à renforcer cette impression d’équilibre et d’harmonie. Au dernier étage trônent des statues religieuses en or massif qui étincèlent au soleil. Aussi lorsqu’on arrive dans cette cour, le regard est d’abord concentré sur la partie basse du temple, avec notamment les fenêtres et les lions de pierre, mais il entame rapidement un mouvement ascendant : les riches balcons puis les étoffes flottantes jusqu’aux statues flamboyantes. Au dernier étage, devant ces statues, sont arrimées des ficelles qui descendent et traversent la cour jusqu’au premier étage. Y sont fixées des dizaines voire des centaines de petites bannières aux couleurs tibétaines : bleu, jaune, rouge, blanc et orange. Le tout en parfait harmonie avec le ciel d’un bleu extraordinaires.  

 

 

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Tissus, sculptures, statues, boiseries, balcons, symboles, tout est ornementé, sculpté, travaillé, coloré. Je ne sais pas si c’est à cause du Nouvel An qui approche, mais l’endroit est d’une magnificence incroyable, à tel point qu'il parait quelque peu irréel.

 On avise un four en pierre très simple qui fume doucement à notre droite. Comme c’est la coutume, on va y brûler de l’argent factice pour la mémoire de nos ancêtres. Ça fait vraiment cliché, voire touristes occidentaux qui jouent aux chinois, mais j’avoue que sur le moment, et surtout dans ce cadre, on a chacun un moment de recueillement bien réel.

Puis on entre dans la salle principale du temple. Celle-ci est assez sombre, illuminée uniquement par des bougies. Une fois que nos yeux se sont habitués à l’obscurité, nous discernons, un imposant Bouddha au centre, flanqué de deux plus petits de chaque côté. Sur les murs, entre les draperies et les bougies, d’innombrables photos de lamas (prêtre tibétains) célèbres sont exposées et brillent doucement à la lueur des bougies qui tremblotent. Je repère des espèces d’aquariums qui font le tour de la salle. Intrigué, je m’approche… et me rends compte qu’ils sont tous pleins de billets. Contrairement aux temples où j’ai déjà été, ce ne sont pas des billets de 1 ou 5 yuans, mais quasiment à chaque fois de 50 ou de 100. Les « aquariums » sont quasiment pleins, et il doit y en avoir une bonne centaine dans la salle. Je me demande le montant total que ça peut faire, avant de me rendre compte que c’est une somme considérable. Et tout cela à la portée du premier venu : en effet, les aquariums sont ouverts, et il n’y a ni prêtre, ni caméra dans la pièce, juste le regard de bouddhas et des lamas sur les photos.

Nous revenons dans la cour, où nous discutons avec un lama qui doit à peine être plus âgé que nous. Fred qui de toute façon n’y comprend rien, sort en avance. Lorsque nous le rejoignons, il nous raconte la scène à laquelle il vient d’assister. Les policiers qui surveillaient le temple ont dû recevoir un appel radio ou je ne sais quoi, mais ils se sont tous précipités vers le centre-ville. Et apparemment, il a vu une bonne trentaine de policiers converger tous en même temps vers un même point. Ce genre de choses, on ne sait pas ce qui se passe, mais ça rend assez mal à l’aise, surtout quand on vient de sympathiser avec les moines.

Bref, restons objectifs. Il est environ neuf heures, et, après avoir acheté de l’eau et une sorte de galette de pain nous mettons le cap vers la montagne. Je vous ai dit que la ville était au creux d’une vallée entre d’immenses montagnes, eh bien, autant en profiter et aller voir d’un peu plus près ces montagnes. On ne sait absolument pas où l’on va, mais en tout cas, on est tous les trois motivés. On s’éloigne progressivement de la ville par un sentier qui monte. On contourne quelques maisons isolées, passons précautionneusement devant un chien qui grogne, sourions devant l’air hébété des autochtones et grimpons, grimpons et grimpons encore.

On continue comme ça pendant une bonne heure et, plus on monte, plus il fait chaud, et moins nous croisons de gens. On a repéré de loin, une espèce de temple dans la montagne, mais on y va un peu à l’aveuglette, en essayant d’emprunter les bonnes pistes. Finalement, on arrive sur une petite butte d’où l’on peut voir la ville en contrebas. Autant la température était négative lorsque le soleil était caché par les montagnes, autant il fait facilement vingt-cinq degrés, et on commence sérieusement à étouffer avec toutes nos couches de vêtements. On continue et là, on arrive en Corse. Sincèrement, c’est la façon la plus appropriée de décrire l’environnement qui nous entoure. Il fait aussi chaud qu’en Corse, on est au milieu d’une pinède d’où l’on peut entendre des grillons, et même l’odeur est la même. La mer en moins, les drapeaux de prières accrochés aux pins en plus ; plutôt déconcertant. Les drapeaux de prière se font de plus en plus nombreux, ce qui donne encore une fois une allure surréaliste au paysage : des dizaines de cordelettes relient les arbres entre eux et, sur chacune, sont tissés des centaines de drapeaux de prières de toutes les couleurs ce qui donne au paysage un aspect multicolore magnifique.

 

 

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On suit les drapeaux, croisons une dagoba blanche, avant d’arriver dans une immense cour circulaire. Elle est entourée d’espèces de gradins en pierre, ça fait un peu Circus Maximus, mais au centre paissent deux yacks blancs. On se rapproche un peu avant de constater qu’ils sont en fait empaillés. Les gamins que nous sommes s’empressent de sauter dessus et de les chevaucher allègrement devant l’air faussement réprobateur de Fred, qui le fera à son tour. On jette un coup d’œil autour de nous, et on se demande un peu à quoi servait (sert ?) cette arène... surement à des processions religieuses... mystère.

Sous un ciel sans nuages et un soleil qui tape de plus en plus, on se remet en route, et finissons par arriver au temple une demi-heure plus tard. Encore une fois, il est magnifique, mais désert. Apparemment, les moines aussi célèbrent le Nouvel An. Du coup, on en profite pour essayer d’en explorer les recoins moins faciles d’accès : on monte aux étages, grimpons en haut des tours, parcourons les allées.

On n’est qu’à 3000 mètres d’altitude, donc on décide de grimper encore. Après le monastère, le chemin devient de plus en plus sauvage : on s’enfonce dans la forêt où les drapeaux multicolores se raréfient et où les marchent finissent par disparaitre complètement laissant la place à un chemin tenant plus de la piste que du sentier. On marche comme ça pendant une bonne heure et demie, au milieu de nulle part, avant d’émerger de la forêt. On atterrit sur le flanc de la montagne et contemplons le paysage : il y a bien longtemps qu’on n’aperçoit plus la ville, tout ce qui s’offre à nos yeux n’est maintenant plus que montagnes et forêts. On entend le bruit d’une rivière et, après avoir surmonté mon vertige, je regarde par-dessus le versant de la montagne pour apercevoir un mince filet argenté qui serpente quelques centaines de mètres plus bas. On se concerte un peu et décidons tous les trois d’aller jusqu’à la source de la rivière et atteindre la gorge. Celle-ci se trouve une petite dizaine de kilomètres plus loin ; ça reste donc assez difficile d’accès, mais on estime tous les trois que le jeu en vaut la chandelle.

Après avoir mangé un bout de galette et bu une longue gorgée d’eau, nous nous mettons en route. C'est à ce moment là que nous nous rendons compte qu’il y a un facteur que nous n’avons pas pris en compte : l’accessibilité du chemin. En effet, il y a bien une piste qui semble mener jusqu’à la gorge, mais, non seulement elle est extrêmement mince, mais en plus, elle est sur le versant, quasiment à pic, de la montagne. Essayant de surmonter mon vertige, je saisis mon courage à deux mains et prends la tête du cortège. Le truc, c’est de ne pas regarder en bas, ce que d’habitude je fais, mais, étant donné le décor incroyable dans lequel on évolue, mes yeux sont attirés un peu partout.

Il y a plusieurs passages difficiles, notamment un énorme buisson de ronces posé au beau milieu de la piste. Je laisse mon sac aux deux autres et essaie de le traverser. J’ai beaucoup plus peur de tomber que de me faire écorcher la peau, alors je colle allègrement le buisson, qui à me faire égratigner plus que prévu. Finalement, je passe. Les deux autres me lancent les sacs au-dessus du buisson et me rejoignent à leur tour. Quelques kilomètres plus tard, c’est un énorme tuyau d’eau qui sort de la montagne et après avoir traversé perpendiculairement le sentier, semble se jeter dans le vide. Encore une fois, ce n’est pas très aisé, mais on se hisse en quelque sorte au-dessus de ce tuyau avant de retomber de l’autre côté.

C’est extrêmement agréable et impressionnant, alors on marche, encore et encore, sans nous arrêter. Le pan de montagne que nous gagnons est à l’ombre ce qui fait que le climat, et donc le paysage changent drastiquement. Le froid revient brusquement, la neige tapisse désormais les parois de la montagne, et la rivière de laquelle on se rapproche, devient de plus en plus glacée, voire par endroits complètement gelée. La gorge n’est plus qu’à un ou deux kilomètres, et l’on atteint bientôt la rivière. Celle-ci s'est transformée en un tapis blanc brillant, sur lequel on peut presque marcher. Quelques centaines plus tard, on s’amuse tous les trois à glisser dessus. Alors que j’essaie de regarder sous la couche de glace, une énorme pierre lancée par Fred atterrit à mes pieds. La glace se craquèle, et se brise sous mon poids, me plongeant jusqu'aux jambes dans la rivière. Les deux commencent à avoir un fou rire, et, même si c’est vraiment glacé, je ne peux m’empêcher de rire à mon tour. Essayez de vous imaginer un peu le tableau : trois européens complètement pommés au fin fond d'une montagne tibétaine sans aucune âme à la ronde se marrer comme des idiots.

Il est passé quatre heures et si on ne veut pas se retrouver encore dans la montagne à la nuit tombée, il va falloir faire assez vite. On remplit nos bouteilles dans l’eau de la rivière et on reprend la route. Ca descend donc on avance vite ce qui fait qu’une bonne heure plus tard, on atteint le temple. Il est toujours fermé, mais on croise deux moines, sortis de nulle part, qui descendent. On discute avec eux : ils se rendent dans un temple situé sur l'autre versant de la montagne, derrière la ville. Ils nous proposent de les  accompagner ; il y a une sacrée trotte, et on est assez crevés, mais ce n’est pas tous les jours qu'on a l'occasion de discuter avec des moines tibétains, donc on accepte avec joie. Ils avancent vite, ce qui fait qu’on est au temple avant qu’il ne fasse nuit. Une fois au monastère, ils se séparent ; l’un a apparemment un office à remplir et nous quitte après nous avoir salués, mais l’autre nous propose de nous faire une visite guidée du monastère.

Comme ce dernier est beaucoup plus vaste que celui du matin, il passe presque une heure à nous en faire faire le tour. Il commence par nous expliquer la signification des fresques sur les murs : bon, tout est en chinois, mais on se démerde pas trop trop mal pour comprendre quelques informations essentielles : un mandala représentant les interactions entre le ciel, la terre et la mer, une autre montrant la rencontre entre des chinois (visiblement Hans) et des moines tibétains… Alors qu’il nous fait la visite, je remarque des espèces de points sur son crâne. Je ne savais pas ce que ça voulait dire, mais il se trouve qu’entre le moment où je les ai remarqués et le moment où j’écris cet article, j’ai trouvé la signification. Ce sont des brûlures faites par des bâtons d’encens que « s’infligent » les moines shaolin. Elles sont en fait, une marque profonde de foi et de piété (sans l’avoir lu quelque part, je n’aurais jamais pu en déduire que notre moine était en fait un moine shaolin).

On continue la visite de ce temple immense à la richesse incroyable : partout ce ne sont que sculptures majestueuses et or massif, sans compter les fresques magiques. Notre guide improvisé nous mène devant une petite fontaine d’où sort « l’eau du dragon », apparemment sacrée. Curieux, nous y remplissons une bouteille sous son œil bienveillant. Il poursuit son petit bonhomme de chemin en laissant trainer sa main qui effleure et taquine les innombrables moulins à prières qui tapissent chaque endroit. Nous passons devant ce qu’il nous décrit comme un zoo, mais qui se révèle être plutôt  une volière : paon, colombes, canards. Nous lui demandons s’il ne s’agirait pas plutôt du garde-manger du monastère. Il nous répond avec un sourire que les moines n’ont pas le droit de tuer. Nous entrons dans une salle obscure où une faible lumière perce par le plafond. Celui-ci est en fait immense, notamment du fait que la salle accueille deux énormes statues de Bouddha dont la tête effleure le toit. On sursaute car une dame est en train de prier à côté de nous, sans que nous l’ayons remarquée. Je ne peux m’empêcher de remarquer une certaine analogie entre le bouddhisme et l’islam : en effet, dans les deux religions, les fidèles prient sur un tapis de prière, debout, à genoux, front contre terre, voire carrément allongé. De plus, nous sommes invités à retirer nos chaussures lorsque nous entrons dans les salles, ce qui n’est pas sans rappeler l’usage des mosquées.

Notre bienfaiteur prend congé de nous après qu'on l'ait chaleureusement remercié. On met le cap direct vers un restau parce qu'on a envie de trouver meilleur que la veille. On finit par dénicher un truc un peu bizarre : le cadre est très joli, très typique, avec de belles couleurs, mais nous sommes les seuls dans la pièce, à part la patronne qui hurle (mais vraiment) au téléphone juste à côté de nous. On espère avoir plus de chance que la veille avec la cuisine tibétaine et l’on commande des raviolis à la pomme de terre, au yack, et à la tsampa (met de base traditionnel tibétain préparé à base de bouillie d’orge grillée). Affamés (on n’a mangé que des galettes de pain depuis le matin), on se jette dessus. Ceux à la pomme de terre sont délicieux, ceux au yack restent corrects, mais ceux à la tsampa ont un gout de vomi et sont purement et simplement immondes. Nous nous arrêtons pour prendre quelques brochettes sur la route puis regagnons l’hôtel. On fait nos adieux à Sentenza et prenons un sommeil bien mérité.

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vendredi 5 avril 2013

Chapitre 6 : Chengdu, la capitale décontractée, (5 février).

Chapitre 6 : Chengdu, la capitale décontractée, (5 février).

Aujourd'hui est une journée charnière, à un tournant de notre voyage. En effet, le lendemain, nous partons vers l'Ouest à la découverte du Sichuan tibétain, alors que Sara remonte vers Beijing pour accueillir son ami qui vient la voir. Du coup, aujourd'hui est un peu un entre-deux, où l'on regagne notre repaire, Chengdu, qui sert en quelque sorte de base à toutes nos excursions.

Journée posée donc, sans aucune obligation. Le temps est à peine voilé, mais nous décidons néanmoins de retenter l'expérience du premier jour, et louons des vélos. Immédiatement, nous mettons les cap vers la gare routière, histoire de prendre nos billets pour Kanding pour le lendemain. Une nouvelle fois, nous savourons cette impression de liberté à nous balader dans cette ville en fonçant sur les artères et en zigzaguant entre les voitures. On fait finalement pas mal de chemin, et ça nous permet de découvrir vraiment la ville. On se prend quelques 甜包子 (tian baozi), espèces de pains farcis au sucre, puis longeons la rivière. Lorsqu'on arrive devant une espèce d'immense paquebot qui se révèle en fait être un hôtel-restaurant, nous descendons de nos montures et allons nous poser dans un petit coin aménagé au bord du lac. Le cadre est très simple – quelques tables en bois, quelques chaises en osier, des arbres qui bruissent au dessus de nos têtes-, mais pour autant, c'est extrêmement calme et sympa. Nous prenons place autour d'une petite table et regardons couler le fleuve en attendant les thés qu'on a commandés.

Ils arrivent quelques instants plus tard, accompagné d'une paille, de fleurs et de quelques petits fruits secs. Alors qu'on discute paisiblement, plusieurs vendeurs nous abordent successivement. Le premier propose des graines de toutes sortes, le second des tortues vivantes. J'hésite, c'est vrai que ça nous serait très utile... Puis arrivent deux joyeux drilles au physique atypique pour des chinois. Ils commencent à jouer de leur guitare tibétaine en chantant et en dansant. Plutôt sympa, mais bien entendu le spectacle a un prix. On reste dans ce petit coin de paradis encore un petit peu, avant de reprendre les vélos. On atterrit plus ou moins volontairement dans une espèce de ruelle piétonne où une sorte de braderie semble avoir lieu. On commence à avoir l'habitude, donc on se balade sans trop s'attarder. En effet, le thé et les baozi, ça va bien cinq minutes, mais on commence à avoir vraiment faim. On finit une fois de plus dans un petit restau de jiaozi que l'on accompagne d'une soupe. 又便宜又好吃 (à la fois bon et bon marché) comme on dit ici. On conclue ce repas par un carré de chocolat qu'on achète dans la boutique d'à côté et on reprend la route.

On n'a pas vraiment d'itinéraire défini, mais on finit par arriver à l'entrée d'un parc. Des fleurs, un petit lac sur lequel on peut même louer un pédalo. En face, plusieurs attractions dont des auto-tamponneuses. A nous quatre, on a presque 90 ans, mais on ne peut résister. Et pour le coup, on paie huit yuans, et on se marre tous les quatre comme des fous pendant dix minutes. L'endroit semblait un peu mort quand on y est arrivés, mais lorsqu'on en ressort, des dizaines de chinois, intrigués par les cris de ces quatre grands dadais qui tiennent à peine chacun dans une voiture, sont massés devant et nous observent d'un air mi-réprobateur mi-amusé. On continue et flânons un peu dans le parc, avant de reprendre les vélos pour nous perdre dans les profondeurs de la ville.

On voit qu'on s'éloigne vraiment du centre, mais ce n'est pas pour nous déplaire. Après avoir croisé des pêcheurs sur un pont avec des cannes en bambous, nous déboulons par hasard dans une sorte de marché à moitié souterrain. Avec les vélos, ce n'est pas facile, et les gens nous regardent avec un air mauvais, mais c'est plutôt sympa de rouler entre les étroites allées. Du thé, du jade, des décorations pour le Nouvel An, rien de bien original, jusqu'à ce qu'on arrive au magasin tout au bout de la dernière année. Ce dernier propose des vases de toutes les formes et couleurs. De toutes les tailles aussi, car si certains sont minuscules, d'autres font facilement deux mètres. 

On voulait aller visiter un temple devant lequel on était passé un peu plus tôt, mais lorsque l'on y retourne, il est fermé. Tant pis, on rentre à l'auberge, pas fâchés de souffler un peu. Une heure plus tard, nous voilà dans une sorte de barbecue où l'on cuisine notre viande nous même. C'est pas mal, ils fournissent même des tabliers et des espèces de gants pour protéger nos mains et nos vêtement des éclaboussures de la viande qui grille. Après avoir fait nos adieux à Sara qui est censée nous rejoindre une bonne semaine plus tard avec son pote, cette journée somme toute très paisible s'achève calmement avant le départ du lendemain.

 

PS : Cet article a mis longtemps à venir, mais je rencontre actuellement quelques problèmes logistiques. Pour une raison inconnue, la connexion Internet est morte dans mon dortoir à l'université. Je me suis renseigné, et ils ont été incapables de me dire quand ça serait résolu, mais que ça ne serait pas avant un bout de temps. Veuillez excuser ce contretemps, mais je fais de mon mieux pour ne pas perdre le rythme entre les articles. 

PS 2 : Il manque certaines photos dans l'album correspondant à cet article. C'est Erik qui les a, et il a actuellement des problèmes avec son ordi ce qui fait que je ne peux pas les récupérer. C'est une des raisons pour lesquelles j'ai un peu ralenti la cadence de mes articles. Je ne sais pas ce que vous en pensez, est-ce que vous préférez avoir les articles tous les deux trois jours, mais sans les albums correspondants, ou je ne publie les articles qu'une fois que j'ai toutes les photos ? Envoyez moi un mail pour me répondre, ou laissez tout si

 

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samedi 23 mars 2013

Chapitre 5 : Leshan, sanctuaire de Bouddha, (3-4 février).

Chapitre 5 : Leshan, sanctuaire de Bouddha, (3-4 février).

Nous arrivons après quelques heures de bus à Leshan, ville de taille moyenne à deux cents kilomètres de Chengdu. Nous sortons de trois jours assez épuisants d’ascension, sans douche, assez crevés physiquement. On descend du bus pour en prendre un autre, nous menant au centre-ville. On regarde sur le guide : apparemment, pas d’auberges de jeunesse. On avise donc un hôtel, bien sûr plus cher que tout ce qu’on a pu essayer avant, mais on ne se pose pas trop de questions et on le prend.

Et pour le coup, on ne le regrette vraiment pas, car on savoure avec délice le confort de la civilisation : une douche brulante, une grand lit moelleux avec une vraie couette, on a même la clim. Tout le monde se pose pendant au moins une heure, étalé sur le lit, à décompresser après la douche.

Puis l’on décide quand même de sortir un peu. Il est seize heures et on commence une petite balade dans les rues de cette ville, qui se révèle des plus agréables. En effet, la température est idéale, les rues pas trop bondées et les gens amicaux. On descend la rue principale, entrons dans une librairie, puis la remontons en sens inverse. On arrive alors dans une large rue avec un marché. Alors qu’on déambule entre les étals, on trouve principalement des produits de consommation alimentaire. Rien à voir bien sûr avec des boites de conserves ou des paquets de chips, mais beaucoup de produits frais. Enfin frais, c’est pas sûr, mais bon.

Fruits et légumes, connus et inconnus, mais aussi de la viande et du poisson. Je vous passe les détails, mais la « viande » est encore vivante. En effet, les chinois mettent un point d’honneur à consommer de la viande fraiche, aussi la plupart des viandes sont proposées sous la forme d’animaux encore vivants. Si on prend le cas du poisson par exemple, il est très courant de voir des espèces de bassines dans laquelle nagent plusieurs dizaines de poissons. Bon bien sûr, ils sont à moitié morts tellement ils sont nombreux pour si peu d’espace, mais l’idée, c’est de prouver qu’ils ne trainent pas là depuis plusieurs jours. Même chose pour les poules, les lapins, les pigeons, les canards : à dix dans une cage minuscule, ils se marchent les uns sur les autres. On passe devant de la viande, bien morte cette fois : du poulet, du bœuf, du canard, du chien (!), mais les chinois semblent avoir un faible pour le porc qu’on peut voir un peu partout. En effet, il n’est pas rare de voir exposés dans les stands, des oreilles, des pieds, des queues, et même des têtes entières de porcs, complètement aplaties. Un peu déconcertant quand on n’a pas l’habitude mais on s'y fait. De même, ils proposent les poulets et les canards « entiers », c’est-à-dire qu’ils les exposent de la tête aux pattes avec le corps entier. On flâne dans cette longue rue, on achète chacun un demi-ananas présenté en spirale sur une pique (ça se mange un peu comme une sucette), ainsi que quelques gâteaux dans le coin des vendeurs de pains. On quitte les poules qui étouffent dans des cages en osier, pour se retrouver sur une large avenue où sont alignés hôtels de luxe, bijouterie, magasins de vêtement hauts de gamme, banques. Chine magique…

Je jette des coups d’œil réguliers aux enseignes des magasins en essayant de repérer un cybercafé, car ça commence à faire un bout de temps que je n’ai pas donné de nouvelles aux miens. On finit par en dénicher un, entre un restaurant et une espèce de supermarché en plein air. Lorsqu’on rentre, le jeune chinois à l’accueil nous fait signe que ce n’est pas possible. Je me souviens du livre que j’ai lu quelques mois plutôt (Cyber China), dans lequel ils parlaient d’une nouvelle loi du gouvernement qui exigeait maintenant que les utilisateurs des cybercafés présentent leurs cartes d’identité à l’accueil et soient enregistrés (dans le but de mieux pister les opposants au régime se servant d’Internet pour dénoncer le gouvernement). Je sors donc mon passeport et lui présente, mais le gars à l’accueil me regarde avec un sourire navré, me disant que c’est impossible pour les étrangers d’utiliser son cybercafé. Sur le coup, on lui dit que ce n’est rien, et on reprend notre chemin, mais, après y avoir repensé, je réalise que c’est vraiment une chose incroyable. Aller dans un pays où, parce qu’on est étrangers, on ne peut avoir accès à Internet dans ce genre d’endroits. Faut quand même être parano…

On remarche encore un peu, et Sara se plaint qu’aucun garçon ne lui a jamais offert de fleurs (oui, elle fait ça souvent). Erik la prend au mot et, avant qu’elle n’ait le temps de réaliser, il lui offre… un brocoli qu’il vient d’acheter dans la rue. Complètement hilare, elle le porte toute fière, tel un bouquet de mariée.

On rentre tous à l’hôtel, Erik me file son ordi et, alors que j’ouvre Skype, ils redescendent à trois se mettre en quête de nourriture. Seul dans la chambre d’hôtel, ça fait du bien de souffler un peu, après être vingt-quatre heures sur vingt-quatre avec les mêmes personnes. L’ordi est un mac, et le clavier est suédois, mais je me démerde pour trouver Gmail. Alors que je prévois d’envoyer un mail à tout le monde, Skype se met à sonner, avec mon amoureuse au bout du fil. On a de la chance, parce qu’elle vient de se lever et doit partir rapidement à la fac, mais j'ai réussi à l'avoir entre les deux. Pendant ce voyage, je ne sais pas pourquoi, mais les gens que j’ai laissé en France me manquent encore plus que lorsque je suis à Beijing, aussi, ça fait un bien fou de la revoir pour lui parler. Malheureusement, je n’ai pas cette chance avec mes parents et amis, car personne d’autre n’est connecté. J’écris un mail, me tient un peu au courant de l’actualité en France et dans le monde, et descend les rejoindre.

Petit problème, je n’ai aucune idée d’où ils sont partis… et mon téléphone n’a plus de crédit. Champion Antoine, bien joué. Du coup, je m’improvise une balade seul. Il fait nuit et la ville est éclairée par les lampadaires, les lanternes et les enseignes des magasins, lui donnant une tout autre allure. J’essaie d’aller vers un coin qu’on n’a pas encore fait, trouve le fleuve, et le longe. Un couple de vieilles personnes chemine paisiblement sur le petit chemin en dalle qui tapisse la berge, des enfants allument des pétards et les lancent dans la rivière, un couple d’amoureux s’embrasse derrière les arbres… bref, c’est dans un coin très agréable que je me promène, en faisant semblant de ne pas voir les gens qui me regardent quasiment tous du coin de l’œil.

Au bout d’un moment, je commence à être fatigué (mon talon me fait toujours mal), et je pense avec bonheur à la douceur de mon matelas qui m’attend. Je rentre à l’hôtel, et, confortablement allongé, en profite pour noter sur mon carnet les aventures de la journée. Une bonne demi-heure plus tard, les trois autres reviennent : apparemment, ils se sont fait un petit restau avant d’aller passer un moment à discuter en buvant une bière ou deux sur les berges du fleuve. On commence alors à parler du programme, car chacun a des plans différents : Sara doit être rentrée à Beijing pour accueillir Léo, un de ses potes qui vient lui rendre visite d’ici quelques jours, Fred doit prendre un avion à Kunming pour le Népal dans deux semaines, aussi on essaie de prévoir un minimum la suite des évènements. Personnellement, j’étais très motivé pour aller voir un peu l’est du Sichuan, avec notamment une mer de bambous et des cercueils volants près de Zigong, mais, étant donné notre emploi du temps, on ne disposera pas d’assez de jours pour le faire. Soit ; on décide donc d’aller voir le Bouddha le lendemain matin, avant de reprendre un bus pour Chengdu où l’on compte passer la nuit.

On se réveille avec un sourire tellement le lit est bon, mais on ne traine pas. On repasse rapidement par le marché, attrapons deux baozi et trois gâteaux, puis prenons un bus. La ville de Leshan est divisée en deux parties : la ville proprement dite, et une immense île sur le fleuve sur laquelle se trouve le bouddha. Le bus nous dépose devant l’entrée du site. On se faufile entre les touristes, passons devant la fontaine du dragon, grimpons encore un peu, et finissons enfin par nous retrouve face à face au bouddha. Ou plutôt sa tête en l’occurrence, car il est tellement immense que nous devons nous rapprocher pour apercevoir l’ensemble de son corps qui semble prendre appui sur la falaise. En effet, le Grand Bouddha (大佛), vieux de 1200 ans est sculpté à flanc de falaise. D’une hauteur totale de 71 mètres, c’est le plus grand du monde. Je sais que comme ça, c’est dur de se représenter à quel point il est massif, mais pour vous aider à vous faire une idée, je vous donne quelques éléments de comparaison : ses ongles sont plus longs qu’un humain de taille moyenne, ses oreilles ont une longueur de sept mètres, ses épaules une largeur de vingt-huit, quand à ses gros orteils, ils mesurent chacun neuf mètres. Tout de suite, c’est déjà plus impressionnant. Haitong, un moine bouddhiste, conçu ce projet en 703, espérant que le bouddha calmerait les rivières et protègerait les bateliers des tourbillons dangereux. Cette entreprise démesurée ne fut achevée que 90 ans après la mort de Haitong, apportant les résultats escomptés. Si les habitants attribuent au bouddha l’apaisement des rivières, les sceptiques affirment que les roches taillées ont comblé les trous d’eau meurtriers.

On pensait que le monastère se limiterait au Grand Bouddha, mais il est en fait beaucoup plus vaste. En effet, on passe devant plusieurs grottes et temples. On arrive dans une sorte de mausolée, un joli coin tranquille à l’ombre, devant quelques tombes et reliques qui, pour une raison inconnue, me rappelle une église transformée en mosquée d’Andalousie. Un bassin avec des poissons, le vent qui bruisse doucement vient agiter les feuilles des arbres qui nous surplombent, même les touristes semblent moins idiots que d’habitude. On s’attarde un instant dans ce petit coin de paradis avant de continuer.

On traverse ensuite un pont un peu saugrenu qui nous emmène au temple Wuyou (呜尤寺), au sommet d’une colline. Datant de la même époque que le Grand Bouddha, il contient des calligraphies, des peintures et des artefacts, mais ce qui me marque surtout est la salle des mille arhats en terre cuite, qui chacun représente un moine à la position et à l’expression différente. Sachant qu’il y en a mille, c’est assez impressionnant. Au sommet de la colline, on a une belle vue sur l’ensemble du monastère, mais aussi de la ville entière qui s’étend de l’autre côté du fleuve. Ce dernier, d’un gris blanc, parsemé de rares îlots, est entièrement vide, à l’exception d’un pêcheur, seul au milieu de nulle part, qui semble perdu sur sa barque. L’espace d’un instant, je ne sais pas pourquoi, je l’envie.

Ma réflexion est interrompue par deux petits enfants qui courent bruyamment et, devant la stupéfaction souriante de leurs parents, s’inclinent allègrement devant un autel d’offrandes pour prier avec effusion. Lorsque j’entre dans une partie reculée du monastère, j’entends une espèce de voix sourde et monocorde. Je m’approche et découvre un moine en train de réciter ce qui ressemble à une prière. Jusque-là, rien d’original, mais il tape avec un petit marteau sur la table pour ponctuer ses paroles. En plus, il ne s’arrête pas : mot après l’autre, coup de marteau après coup de marteau, il continue, imperturbable, sa lente et monocorde mélopée. Je reste à le regarder cinq bonnes minutes, avant d’abandonner. Je fais le tour du monastère, et, lorsque je reviens, il y est toujours, à scander inlassablement sa prière. Cette fois ci, j’essaie de rester jusqu’au bout, pour voir qui abandonnera en premier, mais j’avoue que vingt minutes plus tard, je quitte humblement le temple et, impressionné, le laisse à sa besogne.

On repasse par le marché pour trouver des provisions pour le bus et repartons pour Chengdu.

Posté par Antuwan à 14:30 - Commentaires [2] - Permalien [#]